Le troisième Festival TransAmériques s'ouvre avec une pièce de 3h15 sans dialogues, qui plane sur une trame musicale de Simon and Garfunkel. Ode nostalgique aux années 60, réminiscence d'un temps où l'innocence s'est évanouie pour de bon, hommage au raffinement new-yorkais de la poésie de Simon and Garfunkel, The Sound of Silence est aussi une création issue de la tradition théâtrale lettone. «Un cocktail impossible entre le théâtre allemand et le théâtre russe «, selon le metteur en scène Alvis Hermanis.

LA PRESSE

Le metteur en scène Alvis Hermanis est un enfant du communisme et des années 60. Pour cet artiste letton établi à Riga en Lettonie, l'époque de Mai 68, du peace and love, symbolise «la virginité du monde qui a été perdue à jamais.»

 

Au bout du fil, le laconique artiste décrit comment est né ce désir de créer une oeuvre où les seules et uniques paroles seraient celles de la trame musicale composée de chansons de Simon and Garfunkel.

«J'aime ces chansons, qui me ramènent à mon enfance. J'ai 44 ans, donc je n'ai pas eu la chance de participer au mouvement des années 60. Mais à la maison, j'avais The Golden Collection avec les vieux succès de Simon and Garfunkel, que je connais par coeur.»

Selon Hermanis, les années 60 ont donné naissance à deux styles musicaux complètement opposés: une musique très autodestructrice et agressive et une musique positive et romantique. Simon and Garfunkel, à son avis, fait partie du second camp.

«Nous avons voulu créer un spectacle à l'image du bonheur de l'utopie que transmet la musique de Simon and Garfunkel. Leur poésie est d'un très haut niveau littéraire, ces chansons ne se contentent pas de dire «I love you, I love you too» On sent que ce sont deux jeunes artistes instruits de New York qui ont composé cela «

Effervescente jeunesse

En 2006, le festival Le Carrefour de Québec a reçu le Nouveau théâtre de Riga et son spectacle Long Life. Cette pièce (également exempte de dialogues) dépeignait le quotidien de cinq vieillards aux prises avec l'ennui, la maladie et l'étroitesse de leur vie. Alvis Hermanis a imaginé The Sound of Silence comme la jeunesse lointaine de ces personnages.

«On les retrouve dans le même appartement, mais cette fois-ci, les acteurs sont plus nombreux (il y en a 14 sur scène).»

Hermanis a abordé de manière très simple la construction de ce spectacle. «J'avais en main une vingtaine de chansons de Simon and Garfunkel. Je les ai distribuées aux acteurs de la compagnie en leur demandant de préparer plusieurs petites histoires qui leur correspondaient. À la fin du processus, nous nous sommes retrouvés avec plusieurs centaines de petites performances»

Alvis Hermanis soutient que The Sound of Silence est avant tout du «théâtre psychologique», et non pas une oeuvre abstraite inspirée du mime ou du pantomime. «Dans notre tradition théâtrale, le langage n'est pas plus ou moins importante que le geste ou la musique», évoque celui qui travaille avec des compagnies de partout en Europe.

Capitale de la Lettonie, Riga porte en elle l'influence du théâtre allemand et du théâtre russe. «Tchekhov et Wagner ont tous les deux vécu ici», rappelle celui qui décrit le théâtre letton comme «une synthèse de deux cultures très différentes. «Nous sommes à la fois ancrés dans un style de jeu très psychologique et émotionnel hérité des Russes, et une obsession allemande pour le contexte visuel et intellectuel.»

Même s'il reconnaît son appartenance à cette culture lettone, Alvis Hermanis pense que l'identité culturelle du théâtre subit l'influence des rencontres entre artistes de différents pays. «Mon travail dans différents pays, avec des acteurs de partout, influence mes mises en scène. J'ai moi-même perdu mon innocence il y a longtemps.»

The Sound of Silence, du Nouveau Théâtre de Riga, mise en scène d'Alvis Hermanis, à l'Usine C du 20 au 23 mai.