La Compagnie Maguy Marin est de retour à Montréal, à l'invitation de Danse Danse, pour présenter Salves, une pièce parfaitement furtive, qui ne se dévoile jamais tout à fait.

Mis à jour le 27 sept. 2013
Stéphanie Brody LA PRESSE

Dans un vaste espace gris, presque constamment plongé dans la pénombre, des ombres filent, à peine perceptibles. Le spectateur est vite happé dans un univers clandestin et souterrain, dont on ne lui dévoile que des bribes par flashs de lumière.

Loin de jouer la note de la complaisance, Maguy Marin oblige le spectateur à travailler fort pour comprendre ce qu'il ne peut qu'entrapercevoir. Cela dit, lentement, mais sûrement, l'accumulation des fragments, des flashs, ira raisonner dans notre mémoire collective.

Un son, un costume, un accessoire et on se retrouve dans les tranchées de la guerre de 14, chez les maquisards de la Seconde Guerre, témoin d'exécutions par fusillade en pleine guerre civile espagnole, tapis dans des abris ou en pleine jungle vietnamienne.

La chorégraphe a aussi la belle idée d'intégrer dans plusieurs scènes des peintures témoins, clairement liées à des époques troubles de l'Histoire, comme Le sacre de Napoléon 1er par Jacques Louis David, le Radeau de la méduse de Géricault ou le Christ fusillé de Goya.

Traverser le temps

Tous ces symboles sont forts, mais ils s'évanouissent aussitôt qu'ils se matérialisent. Alors, Salves traverse le temps et les époques à toute vitesse, laissant certes dans son sillage une nette impression de danger, mais aussi de résistance. Plusieurs flashs sont en effet des éclairs de survie, de solidarité collective et d'espoir, comme ce pot fracassé qui finira à nouveau par contenir des fleurs ou ces images d'Elvis collées au mur, parfait symbole de l'allégresse d'après-guerre.

La progression que Maguy Marin imprime à Salves passe de l'ombre à la lumière. Enfin, disons à une certaine lumière. Car quand le banquet que les danseurs tentent sans succès de dresser pendant toute la durée de la pièce se matérialise enfin, le message d'espoir tourne assurément au vinaigre, en une chute tout à fait inattendue.

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Salves de la Compagnie Maguy Marin. Jusqu'au 28 septembre, au Théâtre Maisonneuve. Info: 514-842-2112