Le ballet La lanterne rouge, présenté en ce moment à la salle Wilfrid-Pelletier par le Ballet national de Chine, invité des Grands Ballets canadiens, s'inspire très librement du film Épouses et concubines du réalisateur chinois Zhang Yimou. Celui-ci signe d'ailleurs le livret, la mise en scène et les éclairages du ballet. Résultat: un spectacle parfaitement lisible et d'une grande richesse visuelle.

Stéphanie Brody, collaboration spéciale LA PRESSE

Ce n'est pas bien grave si le ballet n'atteint en rien la complexité émotive du film, avec sa tension constante et ses enchevêtrements d'histoires. Ici, Yimou simplifie l'intrigue: la nouvelle jeune concubine d'un seigneur de guerre renoue avec un amant; jalouse, la première concubine les dénonce, mais son arrogance jubilatoire signe son arrêt de mort et les trois traîtres sont exécutés.

Ce drame plutôt classique n'est que prétexte à un raffinement scénographique dépaysant, qui foisonne de couleurs et de textures. Le rouge domine, écarlate ou carmin, lorsqu'il éclabousse les hauts murs ouvragés du sérail; orangé lorsqu'il émane des lanternes qui désignent l'élue du maître. Les costumes bigarrés des acteurs d'opéra chinois et les robes traditionnelles en soie déclinées aux couleurs de pierres précieuses ajoutent au festin.

Images fortes

Les éclairages de Yimou, subtiles nuances de pénombre, et les décors de Zeng Li jouent constamment avec la perspective pour créer des images composites, remplies de détails signifiants, donnant une profondeur au récit. La lanterne rouge regorge en fait d'images fortes. La nouvelle concubine est littéralement enfermée dans une grande boîte à cadeau, puis des ombres chinoises immenses servent à la scène où son maître la pourchasse avant d'avoir raison d'elle.

Yimou construit les scènes pivots en y insérant des couches d'actions simultanées, avec des effets d'arrêt sur image ou de vitesses contrastées. Dans une mise en abîme particulièrement réussie, l'interaction entre les amants est reprise en contrepoint, à l'arrière, par une troupe d'opéra chinois. La trame sonore, cinématographique, nourrit aussi considérablement le récit.

Le langage gestuel utilisé par les chorégraphes Xin Peng Wang et Wang Yuany Uan est surtout celui du ballet lignes impeccables et grâce irréprochable. Toutefois, la pantomime classique s'enrichit d'une autre couche de gestes stylisés que l'on soupçonne inspirés de l'opéra de Pékin. Ce mariage des genres, dans le vocabulaire dansé comme dans l'esthétique, confère à La lanterne rouge toute son originalité.

La lanterne Rouge du Ballet national de Chine. Jusqu'au 24 février à la Salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts.