Danse Danse présente Fragments - Volume 1, une suite de trois solos et un duo signés Sylvain Émard. Chacune des chorégraphies se veut un portrait inspiré tour à tour par les interprètes Manuel Roque, Catherine Viau, Monique Miller et Laurence Ramsay. Les univers ainsi créés sont sensibles et intimes; par contre, certains sont plus assumés, plus personnels à l'interprète que d'autres.

Stéphanie Brody, Collaboration spéciale LA PRESSE

Sylvain Émard a lancé le processus de création en demandant à chacun de ses interprètes ce qui, dans sa vie, présente une urgence. Chaque courte pièce, Dans mon jardin, Émoi, émoi, Absence et Bicéphale, a ensuite été façonnée à partir de ce matériau privé.

Par ailleurs, les leitmotive d'Émard sont si finement intégrés à un vocabulaire neuf que l'on croit vraiment à une signature conjointe chorégraphe et interprète.

Chaque pièce possède son entrée en matière percutante, une courbe dramatique propre et une chute nette. La gestuelle est ouvragée, les trajectoires, courtes et nombreuses, et le phrasé nuancé. On a ainsi, le plus souvent, l'agréable impression que les interprètes nous racontent l'histoire d'un parcours de vie, avec ses tensions, découragements, regains de confiance et plages de calme.

Le solo Absence, interprété par Monique Miller, la seule «non-danseuse» du groupe, est inspiré de personnages que la comédienne a interprétés au cours de sa carrière. Est-ce pour cela qu'on sent le rendu moins personnel, plus joué? Cela dit, sa présence est indéniable lorsqu'elle endosse ce personnage perdu, peut-être en fin de vie, qui cherche et hésite.

Quant à Bicéphale, le duo de Laurence Ramsay et Manuel Roque, on en apprécie les unissons décalés, les corps félins, les oppositions, mais on sent trop le cliché, donc plus impersonnel, du combat et de la victime et du bourreau.

Des quatre pièces, les solos dansés par Manuel Roque et Catherine Viau, respectivement Dans mon jardin et Émoi, émoi sont nettement les plus efficaces et semblent le mieux coller à la peau de leur interprète. Le solo de Roque est assez court et en cela, il est déjà percutant, avec son prologue, livré tête en bas sur une chaise, qui exploite totalement le côté élastique de ce danseur-acrobate formé à l'école de cirque.

Catherine Viau est une interprète en réflexion. Sa carrière de danseuse pourrait tirer à sa fin. Elle tente du coup de moins se soumettre à ses exigences et à celles des autres. Dans Émoi, émoi, on sent tout à fait ce tiraillement, fait de va-et-vient, d'essoufflements et de moments de libération. Certes, le solo semble s'étirer, mais il est long, le chemin vers le détachement...

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Fragments - Volume 1 de Sylvain Émard Danse, jusqu'au 29 octobre, à la Cinquième Salle de la Place des Arts.