La Compagnie Marie Chouinard présente en ce moment, au Théâtre La Chapelle, Des feux dans la nuit, un solo créé en 1999 pour le danseur Elijah Brown. Le solo a depuis été dansé par d'autres, dont Simon Alarie et James Viveiros. Cette fois, c'est Manuel Roque qui se fait mi-dieu, mi-homme, pour ce qui fut le premier solo imaginé par Marie Chouinard pour un homme.

Mis à jour le 12 mai 2011
Stéphanie Brody, collaboration spéciale LA PRESSE

Dans un coin de la scène: Rober Racine, proche collaborateur de Marie Chouinard, est au piano. Montent alors les premières notes claires de La musique des mots. Tout à coup, surgit de la pénombre un homme. Une bande métallique apposée sur le dessus de sa tête chauve réfléchit et démultiplie un unique faisceau de lumière; il tourne la tête et des rayons éclatants balaient l'assistance: l'homme-phare est solitaire et stoïque. De l'encre noire dessine les veines de ses bras musclés; des pantalons noirs découpent un torse nu, immense et puissant.

Marie Chouinard accouche encore une fois d'un être hybride. Entre le dieu-guerrier et l'homme prosaïque, Roque incarne la dualité masculine. Premiers gestes centrés, muscles tendus, souffle expulsé avec force: il est déterminé, en contrôle. Mais le voilà qui mute. Son torse se cabre et le plaisir monte, en pas avec son souffle qui se fait plus rond, sa démarche rebondit et il lui arrive de se laisser doucement chanceler. Jusqu'à ses doigts qui se délient et pianotent, parfois en synchronisme avec ceux de Rober Racine... C'est l'appel des sens, si cher à Chouinard.

Roque n'a cesse de serpenter au sol, en d'immenses arcs parfaits. Là, il ondule et sa tête, son cou et son bassin se joignent aux vagues et au ressac, son torse, luisant de sueur sublimé par les éclairages d'Axel Morgenthaler Marie Chouinard pousse le plaisir jusqu'au jeu, alors que le danseur chausse des patins à roues alignées, dans un tableau qui détonne un peu trop.

Manuel Roque possède un physique très différent de celui de Brown ou de Viveiros. Il se meut de manière plus compacte, plus musculaire. Le danseur exulte dans les sections tout en force, mais ailleurs se fait moins sensuel et moins charnel que certains des interprètes les plus mémorables de Des feux dans la nuit. On ne le sent pas encore tout à fait possédé par les états qu'il endosse. Trop réfléchi peut-être?

Des feux dans la nuit jusqu'au 28 mai au Théâtre La Chapelle.