È una serata italiana autentica e compléta, vraiment une soirée à l'image de l'Italie, l'esprit gracieux et raffiné du Nord avec Les quatre saisons du Vénitien Vivaldi, l'incandescence du Sud avec Cantata sous le signe charnel des maîtresses. Un programme bien rodé signé Mauro Bigonzetti dans lequel les Grands Ballets excellent et le public jubile.

Mis à jour le 21 mars 2011
Aline Apostolska, collaboration spéciale LA PRESSE

Créé en mai 2007, ce programme double est devenu une pièce maîtresse du répertoire contemporain de la compagnie, tout comme l'est Minus One d'Ohad Naharin. On ne s'étonne pas que cette soirée italienne soit au programme des tournées internationales des Grands Ballets, des Étés de la danse à Paris en 2008 à la tournée au Moyen-Orient en 2009, en passant par les tournées européennes et nord-américaines.

La compagnie revient d'ailleurs d'une tournée canadienne au cours de laquelle les nouveaux interprètes qui ont rejoint les GBCM l'été dernier - et ils sont très nombreux - ont pu parfaitement intégrer le programme. Ayant vu le spectacle plusieurs fois depuis quatre ans, nous ne pouvons que nous réjouir de cette version 2011 enlevée, d'une beauté magnétique autant que communicative.

En première partie, Les quatre saisons offrent trois quarts d'heure de minutie, de figures géométriques improbables exécutées en grand groupe au début et à la fin, mais qui laissent surtout la place à des duos et à des solos inventifs, à une écriture chorégraphique inattendue, vive, jouant sur la verticalité et l'élancement, où la subtilité n'a d'égale que la complexité.

Les concertos pour violon sont interprétés par l'Orchestre de chambre des GBCM. C'est beau comme une peinture dans des lumières irisées qui changent de couleur selon les saisons, au rythme des costumes minimalistes qui exposent l'esthétique des corps tout en les sculptant dans des clairs-obscurs enveloppants.

Et, bien que le parti pris chorégraphique soit délibérément architectural et abstrait, de saison en saison, on reconnaît des changements d'états intérieurs, mais aussi - et surtout - les changements dans les dynamiques relationnelles. Bigonzetti qui aime à mettre en valeur le patrimoine italien: son Caravaggio, par exemple, vu au Staatstheater de Berlin, ou Rossini Card's, repris par les BJM l'automne dernier, réussit le défi de donner une vision non pas iconoclaste mais renouvelée de la musique la plus connue du monde.

On dirait le Sud

La seconde partie est magique. Même quand on connaît Cantata, on en reste saisi. Ça commence comme une scène de village napolitain ou calabrais ou sicilien; comme le chantait Nino Ferrer, on dirait le Sud et ça l'est, incontestablement. Dans tout: les gestes, les costumes, l'esprit, la dimension charnelle et passionnelle, les rapports hommes-femmes exacerbés qui oscillent entre rudesse, violence et fusion, entre jeux, rires, disputes et lamentations. Et bien sûr, dans la musique, autour de laquelle est bâtie la pièce. Quatuor de quatre femmes qui forment le Gruppo Musicale Assurd, qui, depuis sa fondation en 1993, est reconnu parmi les meilleurs interprètes de la musique traditionnelle populaire, du monde paysan et du prolétariat napolitain.

Tombé sous le charme de ses voix profondes et puissantes, Bigonzetti avait créé cette pièce pour que la danse traduise l'intensité et l'émotion de ces chants interprétés a cappella ou accompagnés de l'accordéon, du tambourin et des castagnettes. Il a eu raison d'offrir Cantata aux GBCM, car les interprètes y sont intenses, convaincants d'authenticité extravertie et généreuse et, d'ailleurs, ils chantent aussi, en italien, dans la pièce. Une très belle soirée.

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Soirée italienne Mauro Bigonzetti, Les quatre saisons et Cantata, par les GBCM, du 24 au 26 mars, 20 h, au Théâtre Maisonneuve.