Wen Wei Wang revient à Montréal avec Cock-pit, une pièce audacieuse inspirée de l'héritage culturel et personnel du chorégraphe sino-canadien. Après Unbound et 365, Cock-pit se penche sur la mutation du corps des hommes.

Anabelle Nicoud LA PRESSE

La malice du titre de cette création de Wen Wei Wang contient les idées fortes de Cock-pit: une histoire de jeunes coqs, une histoire de sexe aussi. Quatre hommes et une femme se partagent le plateau et intègrent à leurs costumes et mouvements la longue plume réservée aux guerriers dans la tradition de l'opéra chinois.

«Cock-pit vient vraiment de mon histoire et de ma culture», dit le chorégraphe. Né en Chine, il a partagé, au début de la puberté, sa chambre avec des jeunes garçons, étudiant, comme lui, en danse. Maintenus dans le mystère le plus complet autour du sexe, ils s'interrogent mutuellement sur les mystérieux changements qui agitent leurs corps.

«Sans éducation sexuelle, on ne savait même pas pourquoi notre corps changeait. Tout ce que l'on pouvait faire, c'était partager le peu d'informations que nous avions entre nous», dit-il.

La longue plume, elle, incarne ces changements, crée et accompagne les mouvements. «Comme ce sont des plumes, on peut les placer à différentes positions de leur corps. C'est plus facile à comprendre: sans elles, je doute que l'on comprenne l'histoire alors que les images qu'elles créent disent toute l'histoire», estime Wen Wei Wang.

Dans Unbound, Wen Wei Wang mettait l'accent sur les bandages que l'on a imposés pendant plusieurs générations aux pieds des femmes chinoises: Cock-pit est aussi le pendant masculin d'Unbound. «En tant que créateur, tu ne veux pas te répéter, tu veux toujours faire quelque chose de nouveau. Alors je voulais faire quelque chose sur les hommes, quelque chose qui me parle», dit le chorégraphe.

Formé en Chine, Wen Wei Wang marie les éléments traditionnels de la danse chinoise et la technique du ballet russe à des influences plus contemporaines. «J'ai beaucoup appris en Chine, et je crois que cela influence mon regard et ma perception des choses», dit-il.

De Vancouver, où il a installé sa compagnie, Wen Wei Wang a fait la conquête des scènes canadiennes avec Unbound, mais aussi 365, s'imposant comme l'une des sensations de la scène de la danse contemporaine au Canada. Malgré tout, il souffre comme de nombreuses compagnies du sous-financement.

«C'est difficile, et particulièrement pour les plus petites compagnies, dit-il. On n'a des danseurs que pour certains projets: une fois les projets terminés, ils partent pour d'autres engagements et on doit les remplacer. C'est difficile pour tout le monde, mais on doit continuer à faire le meilleur pour se battre auprès du gouvernement (fédéral). La culture, c'est important.»

Cock-pit, de Wen Wei Wang, à l'Agora de la danse du 21 au 24 avril.