Les plus grandes réussites naissent parfois des pires échecs. Parlez-en à la chorégraphe cubaine Lizt Alfonso, qui présente son spectacle Elementos, ce soir, à Montréal en lumière.

Mis à jour le 27 févr. 2010
Jean-Christophe Laurence LA PRESSE

À 15 ans, comme bien des adolescentes, la jeune danseuse rêvait de faire du ballet. Il lui aura fallu échouer aux auditions nationales pour que sa vie prenne un autre tournant. Jugée «inapte» à continuer dans la voie classique, on lui suggéra d'essayer autre chose. Elle s'en réjouit aujourd'hui. Car sans ce revers, elle n'aurait peut-être jamais développé le style unique et métissé qui fait toute l'originalité de la compagnie Dance Cuba.

 

«Sur le coup, j'étais déçue, raconte-t-elle. Alors j'ai pris mes distances avec le ballet. Je suis retournée à l'école et j'ai commencé à explorer d'autres types de danse. Ça m'a ouvert l'esprit. À ce moment-là, j'ai su que je voulais faire mon truc à moi, à ma façon.»

Ce «truc», c'est le mélange, sans égard aux préjugés. Comprendre que contrairement à la plupart des compagnies cubaines, qui se cantonnent exclusivement à un genre ou à un autre (folklorique, classique, contemporain), Lizt Alfonso s'est spécialisée dans la fusion. Chose inimaginable il n'y a pas si longtemps, son «mix» intègre même des éléments de danse populaire. On pourrait ainsi voir, dans une seule et même chorégraphie, sinon dans un seul et même mouvement, la gestuelle du ballet côtoyer celle du flamenco, de la rumba, du tango et de la danse contemporaine.

Cette «dissidanse», si l'on peut dire, n'a pas fait le bonheur de tout le monde. Dans les années qui ont suivi la fondation de sa compagnie, Lizt Alfonso a essuyé sa part de critiques. Les puristes criaient au désastre. Les snobs s'arrachaient les cheveux. L'élite faisait de l'urticaire. Mais rien, dit-elle, ne l'aurait fait dévier de son chemin: «J'avais une idée assez claire de ce que je voulais faire.»

Et puis, petit à petit, l'idée a fait son chemin. À preuve: le spectacle Elementos a été reçu tièdement lors de sa première présentation à La Havane, en 2002. Présenté à nouveau il y a 10 jours, le spectacle a fait salle comble - certains auraient même fait la file pendant 11 heures pour obtenir des billets. Typiquement cubain!

C'est ce spectacle que Lizt Alfonso et sa troupe présenteront ce soir à la PdA, pour leur deuxième visite montréalaise en deux ans. Un spectacle qui retrace, à travers les quatre éléments, l'histoire de l'humanité, rien de moins. Un spectacle qui réunit sur scène sept musiciens et seize danseuses.

Nous spécifions «danseuses» parce que depuis sa fondation, la compagnie Dance Cuba n'emploie aucun danseur masculin. Faut-il y voir un geste d'affirmation féministe? Lizt Alfonso s'en défend. Son intention était beaucoup plus simple. «Nous, les femmes, avons beaucoup de choses à dire. Chorégraphier notre passion, notre émotion et notre énergie me semblait un défi amplement suffisant.»

Fondée en 1991, Dance Cuba a oeuvré de façon entièrement indépendante, avant d'être prise sous l'aile du ministère cubain de la Culture en 2000. Installée au Gran Teatro de La Havane, la compagnie est devenue une institution nationale qui abrite notamment une école de danse, où sont formées ses futures danseuses. Quelque 1000 jeunes filles de 6 à 16 ans la fréquentent actuellement.

Et si vous voulez savoir: oui, Lizt Alfonso fut baptisée ainsi à cause du musicien Franz Liszt. «Mes parents écoutaient de tout, du classique au populaire, dit la chorégraphe. Je n'y avais jamais pensé avant, mais j'imagine que cela m'a inspirée dans mon éclectisme...»

Elementos, ce soir, 20h, à la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts.