Dans Dévorer le ciel, Danièle Desnoyers s'est inspirée de la quête d'espace du corps en mouvement. Après Là où je vis, la chorégraphe présente en première sa nouvelle création.

Anabelle Nicoud LA PRESSE

À l'origine de cette nouvelle création, la quête d'espace. «Cela n'a rien d'ésotérique. C'est aller chercher le mouvement d'une extension complète du corps», explique la chorégraphe, fondatrice et directrice artistique de la compagnie Le Carré des Lombes.

 

La quête se traduit par des déplacements des danseurs dans l'espace, mais aussi dans la recherche, dans le mouvement, d'une extension du corps. La chorégraphie mène donc les danseurs vers une agitation intérieure.

«Il y a aussi une quête d'absolu, poursuit Danièle Desnoyers. C'est une métaphore du désir de s'approprier l'espace, et le ciel, qui est une zone de liberté. Je l'ai travaillé de façon métaphorique.» Agissant sur nos humeurs et nos envies, les variations du ciel ont, croit la chorégraphe, un impact majeur sur le comportement et le tempérament humains.

Dévorer le ciel remet le corps au centre de la création et s'éloigne ainsi de l'approche multidisciplinaire qui marquait ses dernières pièces, Là où je vis (2008) ou Play it again (2005).

S'agit-il d'une rupture? «Pour moi, la danse va toujours demeurer multidisciplinaire car la danse un art pluridisciplinaire: il y a tout le rapport à la musique, à la lumière qui est là depuis toujours en danse», relativise Danièle Desnoyers.

Après avoir intégré à ses créations des collaborations avec des artistes issus d'autres disciplines - l'artiste visuelle Manon de Pauw pour Là où je vis ou encore le pianiste Jean-François Laporte dans Play it again, Danièle Desnoyers est revenue à ce qu'est, selon elle, la danse.

«Je vis (la création de Dévorer le ciel) comme à mes débuts: la danse est ma discipline essentielle, rappelle-t-elle. J'adore travailler avec d'autres artistes, et c'est encore le cas ici, mais Dévorer le ciel me ramène à l'essentiel de la danse: je sens que la danse est encore multidisciplinaire.»

On retrouve dans Dévorer le ciel le trio de Là où je vis, Pierre-Marc Ouellette, Catherine Viau et Alan Lake, auxquels s'ajoutent de nouveaux venus au Carré des Lombes: Bernard Martin, Emmanuelle Bourassa Beaudoin, Karina Champoux et Victoria Diamond.

«Il y a une grande créativité qui vient des danseurs, note Danièle Desnoyers. C'est un fait connu: on utilise l'improvisation mais je l'utilise sur une base gestuelle écrite. Je développe le vocabulaire, le danseur va se l'approprier: il y a de l'improvisation en studio. C'est un mélange d'aléatoire et de structure très écrite.»

En cela, Danièle Desnoyers a été influencée par Jean-Pierre Perreault, rencontré lors de sa formation à l'UQAM et dont elle a été l'interprète. «Jean-Pierre nous laissait beaucoup de liberté: je ne connais pas la rigidité chorégraphique», dit-elle.

Entre deux créations, Le Carré des Lombes a fêté en 2009 son vingtième anniversaire. «C'est un grand chiffre, mais je n'ai pas eu le temps d'y penser: les années sont chargées, explique Danièle Desnoyers. C'est important de se rappeler que j'ai fait ce travail, de me définir une structure, mais je ne pense pas qu'il faille accorder tant d'importance que cela aux chiffres.»

Dévorer le ciel, de Danièle Desnoyers, au Centre Pierre-Péladeau les 14, 15 et 16 janvier, à 20h. Une coproduction du Carré des Lombes et de Danse Danse.