Cette pièce de l'Américain Lucas Hnath (The Christians) a été présentée depuis l'an dernier dans des lieux non conventionnels - au Livart, à l'église Immaculée-Conception ou encore au Bain Mathieu. Une fantaisie qui sert bien le théâtre Le Mimésis, adepte des espaces de jeu, disons, inhabituels.

JEAN SIAG LA PRESSE

Ces jours-ci, on peut voir Rouge Speedo dans un «vrai» théâtre, mais dans un lieu parfaitement adapté, la Salle intime du Prospero. Les habitués de cet espace en conviendront, il est difficile d'être plus proche des acteurs que dans cette arène exiguë qu'on partage littéralement avec eux. Cette proximité est certainement l'une des clés du succès de ce «drame sportif» qui met en scène un nageur (Ray) dépendant de produits dopants.

D'abord, le texte de Lucas Hnath - traduit par Jean-Simon Traversy - a un souffle dramatique très puissant, construit à la manière d'un thriller. Au fil de la pièce, les intentions des personnages se précisent. Ray, considéré comme le prochain Michael Phelps, goûte aux plaisirs de la victoire - malgré la triche. De toute évidence, le succès et l'argent font son bonheur. Mais ce sentiment de puissance et d'invincibilité est souvent éphémère, Ray étant constamment aux prises avec l'illégalité de sa réussite.

À ce dilemme moral s'ajoute celui de son entraîneur, qui voit enfin son poulain tout près de se qualifier pour les Jeux olympiques. Que faire? Dénoncer son protégé? - en assombrissant sa propre réputation - ou fermer les yeux? Le frère de Ray, Peter, est l'autre protagoniste de la pièce. L'avocat représente son petit frère - il lui décroche même un lucratif contrat de publicité avec Speedo! Mais quels intérêts sert-il vraiment?

La fin justifie les moyens, c'est ce que la pièce de Lucas Hnath traduit avec éloquence, en nous emmêlant dans les fils de la tentation et de la trahison, dans une mise en scène efficace et ludique de Louis-Philippe Tremblay.

Le rouge du maillot est ici une belle métaphore de la muleta qu'agite le matador, dans laquelle fonce le taureau - comme Ray! - sans réfléchir.

Les comédiens composent des personnages assez crédibles, même s'ils tendent à surjouer. Ils ne parviennent pas toujours à créer le climat d'inquiétude que commande le texte.

Dans le rôle de Ray, Marc-André Thibault porte bien le maillot, même s'il a parfois tendance à crier (on est presque sur scène avec vous, messieurs), mais il navigue avec difficulté entre naïveté, lâcheté et lucidité. François-Simon Poirier, dans le rôle du grand frère verbomoteur, est solide, mais il manque parfois de nuances. Idem pour l'entraîneur, défendu par Guillaume Regaudie, qui ne maîtrisait pas le texte le soir de la première.

Dernière pièce du puzzle, le personnage de Lydia, interprété par Catherine Paquin-Béchard. L'ex-copine de Ray - qui lui fournissait ses produits dopants - réapparaît lorsque le nageur (en crise !) cherche désespérément à mettre la main sur des anabolisants. On découvre par le fait même les circonstances ayant mené à leur rupture. Elle aussi a ses zones d'ombre.

Bref, malgré une performance d'acteurs inégale, Rouge Speedo illustre bien tout ce qu'on est prêt à faire (ou non!) pour réussir. Un thème d'actualité extrêmement porteur.

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Rouge Speedo. Mise en scène: Louis-Philippe Tremblay. Texte: Lucas Hnath. Traduction: Jean-Simon Traversy. Jusqu'au 9 mars au Prospero.