La vie utile: l'entre-monde

Louis Negin et Evelyne de la Chenelière dans La... (Photo Caroline Laberge, fournie par Espace Go)

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Louis Negin et Evelyne de la Chenelière dans La vie utile

Photo Caroline Laberge, fournie par Espace Go

Mario Cloutier

Résultat mitigé pour cette collaboration entre deux grandes artistes de la scène, Evelyne de la Chenelière et Marie Brassard. Les belles fulgurances de La vie utile occultent mal un collage qui n'a pas fini de sécher.

Jeanne fait une chute de cheval mortelle. Pendant le trépas, elle demande à la Mort un peu plus de temps pour penser au sens de ce qu'aura été sa vie et pour vivre, un tant soit peu, cette pensée. L'incarner une dernière fois.

Au départ, le texte d'Evelyne de la Chenelière annonce de grandes choses. On sait la dramaturge capable de sonder les replis de l'âme humaine avec sensibilité dans une écriture aux accents poétiques.

La vie utile n'est pas exempte de ces qualités. La langue de l'autrice est élégante comme toujours. La pensée de Jeanne (Evelyne de la Chenelière) fascine, même si le personnage paraît évanescent. Sa réflexion est, toutefois, constamment interrompue et fragmentée dans cet espace-temps irréel qui se situe entre la vie et la mort.

Les souvenirs pêle-mêle de l'agonisante nous montrent: sa mère surprotectrice et jovialiste (très drôle Christine Beaulieu); son «double», une Jeanne d'Arc tout en noir (Sophie Cadieux survoltée); et un jeune homme et père bisexuel de Jeanne (Jules Roy Sicotte, transi), pendant que, dans un coin, la Mort (Louis Negin) attend en prenant des notes.

La mise en scène de Marie Brassard délimite une aire de jeu plutôt restreinte pour chacun des personnages qui ont peu de réels échanges entre eux. Excessive, la scénographie représente une serre fourmillant de plantes qui abrite également la chambre de Jeanne.

Nous sommes devant un univers baroque et déjanté, quelque part entre le trou de lapin d'Alice au pays des merveilles et La flûte enchantée de Mozart. On pense aussi à la série Twin Peaks, première mouture, assaisonnée de l'étrange musique d'Angelo Badalamenti.

Sophie Cadieux, Evelyne de la Chenelière, Christine Beaulieu et Jules Roy... (Photo Caroline Laberge, fournie par Espace Go) - image 2.0

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Sophie Cadieux, Evelyne de la Chenelière, Christine Beaulieu et Jules Roy Sicotte dans La vie utile

Photo Caroline Laberge, fournie par Espace Go

La pièce aborde plusieurs sujets allant de la religion à la sexualité en passant par la vie de famille. Mais le texte se perd dans le feuillage ou encore les racines de ce songe éclaté. Il creuse inlassablement sans trouver de pépite assez riche pour l'exploiter plus avant. Les trop longues énumérations qui le parcourent nous laissent de glace.

Admettons que, dans l'entre-monde, l'impossible et le n'importe quoi se côtoient. On comprend que la logique n'y a aucune prise mais, malgré la théâtralité déployée et les performances d'acteurs, l'incarnation du verbe ne se produit pas. Le spectateur reste prisonnier d'une pensée froide qui ne traverse pas le quatrième mur.

Et c'est sans parler des bogues techniques de la première médiatique: ventilation brouillant le monologue d'ouverture, micros parfois déficients, mauvais mixage sonore voix-musique.

Les moments de brillance que crée le duo formé par Evelyne de la Chenelière et Marie Brassard nous semblent trop peu nombreux quand on connaît les imaginaires luxuriants des deux artistes. L'expression consacrée trouve enfin sa vie utile ici: Peut faire mieux!

* * *

La vie utile. Texte: Evelyne de la Chenelière. Mise en scène: Marie Brassard. À Espace Go jusqu'au 1er juin.




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