Jean-François et Mariam s'aiment et font un bébé. Il est catholique, elle, musulmane. Tous les deux sont non pratiquants. Pas de problème, on est au Québec, après tout. Mais papa et maman marocains s'inquiètent, il faut se marier avant d'accoucher.

Mario Cloutier LA PRESSE

Jean-François est tout à fait amoureux, raisonnable et accommodant. Mais les parents, d'un côté et de l'autre, le sont beaucoup moins et les plus radicaux ne sont pas toujours ceux que l'on croit. Enfants et parents représentent, en fait, tout le spectre des attitudes possibles face à la religion de nos jours: de l'athée pure et dure au père macho et conservateur.

Jean-François acceptera de se convertir, lors d'une séance qui ne dure que cinq petites minutes, avec un imam des plus modernes. Ceci n'empêchera pas le futur marié de dénoncer, à plusieurs reprises et de façon éclairée, l'hypocrisie des dogmes religieux, qu'ils soient catholiques ou musulmans. 

La pièce de Simon Boudreault slalome très habilement entre les écueils réels d'un tel sujet. Son texte intelligent et sa mise en scène énergique font rire et réfléchir. Entre les extrêmes, il montre la voie courageuse de l'écoute de l'autre et du compromis. Le Québec d'aujourd'hui, c'est ça. 

Apartés, scènes tragiques, comédie burlesque et autres situations drôles se succèdent grâce à des acteurs en grande forme.

Benoît Drouin-Germain et Sounia Balha forment un couple charmant; Manuel Tadros et Nabila Ben Youssef sont tout à fait suaves, Marie Michaud très touchante en mère atteinte du cancer et Michel Laperrière, parfait en papa vieux jeu, autant qu'en ami hippie.

Avouons-le sans malice, cependant, les dramaturges qui mettent en scène leur propre pièce semblent avoir le nez trop collé dessus. Cela les empêche de retrancher, justement, le trop. 

Par exemple, la scène des agentes de bord d'une compagnie aérienne spécialisée en pèlerinages n'est pas vraiment drôle, contrairement à celle du quiz télévisé, hilarante et bien documentée. Celle du salon funéraire n'apporte rien, non plus, à l'intrigue secondaire de la mère malade.

Malgré ces petits bémols, Comment je suis devenu musulman vise juste. Avec un humour sain, évitant les clichés, Simon Boudreault signe une belle leçon de vivre-ensemble et une réflexion pertinente sur notre rapport à la foi.

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Comment je suis devenu musulman. Texte et mise en scène de Simon Boudreault. Présentée à La Licorne jusqu'au 21 avril.

photo Patrick Lamarche, fournie par la production

Sounia Balha, Manuel Tadros et Nabila Ben Youssef dans une scène de la pièce