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(e): Masculin féminin

Dans (e), le personnage principal, qui n'a pas... (Photo fournie par le Théâtre d'Aujourd'hui)

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Dans (e), le personnage principal, qui n'a pas de nom, est interprété par trois acteurs, dont Dany Boudreault (au premier plan sur notre photo), qui a aussi écrit la pièce.

Photo fournie par le Théâtre d'Aujourd'hui

On ne naît pas homme, on le devient. Dany Boudreault pourrait paraphraser ainsi Simone de Beauvoir dans sa nouvelle pièce, au titre qui se résume à la cinquième lettre de l'alphabet qui désigne le genre féminin. Dans (e), l'auteur et comédien expose son douloureux parcours avant de comprendre (et d'accepter) qu'on peut être un homme, un vrai, sans correspondre aux archétypes sociaux de la virilité.

Sa silhouette androgyne, sa taille frêle et sa voix douce lui ont donné plus de traits féminins que l'acteur, né dans une ferme au Lac-Saint-Jean, ne l'aurait voulu. Longtemps obsédé par le regard de l'autre, il est «presque devenu fou», a-t-il confié en entrevue. Il s'est finalement libéré des fantômes qui le hantaient grâce à la psychanalyse, l'amour et le théâtre. Et le spectacle qu'il a écrit, dirigé et qu'il présente au Théâtre d'Aujourd'hui est un condensé de ces trois expériences.

L'exercice est à la fois étourdissant et troublant, irritant et fascinant. Car ce récit d'une quête d'identité sexuelle ressemble par moments à un casse-tête. On met du temps avant d'accéder à cet univers dans lequel les gestes sexuels et le délire se mêlent à des extraits de chansons de Nana Mouskouri et des vers de Racine.

(e) est un texte poétique qui fait penser parfois au langage de Claude Gauvreau. Le personnage principal (interprété de façon énergique par Marie-Pier Labrecque, Robin-Joël Cool et Dany Boudreault) est démultiplié et sans nom. Il nous raconte sa quête à travers trois corps différents. On le voit succomber à un premier amour «amoral» dans un champ de maïs avec un père de famille (un événement qui s'apparente plus à un viol), se mettre en ménage avec Marie-Chose, affronter sa mère qui regarde Les Machos (le téléroman de Lise Payette qui s'y connaissait en matière de stéréotypes masculins), entre autres.

Aux yeux de Boudreault, le genre sexuel est un concept glissant. Idem pour sa pièce. Elle est propice aux interprétations. La mise en scène est un peu trop chargée, mais appuyée par une excellente conception sonore de Philippe Brault. La petite salle Jean-Claude Germain, divisée en deux par une scène bifrontale, offre aux spectateurs différents points de vue. Une configuration qui ne facilite pas le travail du metteur en scène.

Or, dès que les mots prennent leur envol et forment des images, des émotions, le casse-tête prend forme. Comme dans la vie, le chemin qui mène à la quête d'identité sexuelle n'est pas une ligne droite. Et il est jonché de drôles de questions: Est-ce qu'on peut habiter le mauvais corps? Est-ce que notre genre «initial» a une âme? Est-ce qu'on peut survivre au traumatisme de l'amour?

Bien sûr, Dany Boudreault n'a pas de réponses. Mais le jeune homme blessé par les injures, qui a voulu se venger du monde «en tuant avec des mots», fait beaucoup mieux que ça avec ses mots: il crée de la beauté avec de la laideur.

Ça aime aussi, un homme.

(e), à la salle Jean-Claude Germain du Théâtre d'Aujourd'hui, jusqu'au 25 mai.




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