Les Zapartistes, on l'a dit et redit, font dans l'humour politique dont ils occupent presque tout le terrain de nos jours. Ce n'est pas un hasard si, dans leur huitième revue de l'année (Zap 2010) livrée depuis lundi au Métropolis, ils rendent hommage deux fois plutôt qu'une aux Cyniques dont ils reprennent la très peu politiquement correcte Chanson très vulgaire («mon hostie d'tabarnak, tu vas manger ma main dans face») qu'ils dédient, évidemment, à leur tête de turc préférée, Jean Charest, bien campé par François Parenteau.

Alain De Repentigny LA PRESSE

Parenteau est le meilleur imitateur des quatre Zapartistes, qu'il incarne un Stephen Harper hilarant ou un Yvon Deschamps criant de vérité. Il livre avec Christian Vanasse un duo d'anthologie Michel Bergeron/Ron Fournier qui commentent le déroulement de la commission Bastarache comme une compétition sportive. Sans doute le moment le plus drôle de la soirée, avec une mention honorable pour la gestuelle de Vanasse quand il se glisse dans la peau du journaliste Gérard Filion ou de l'animateur Denis Lévesque.

C'est pourtant un numéro d'un tout autre genre qui a déclenché la plus forte claque lundi soir. Celui de Vanasse déguisé en jeune yo à casquette qui dénonce la Loi sur les mines, un numéro qui tenait moins de l'humour que du manifeste politique, d'autant que Vanasse, conseiller municipal de Saint-Jude à ses heures, a exprimé publiquement son opposition à la réforme de cette loi proposée par le gouvernement du Québec.

C'est que le public des Zapartistes ne vient pas les voir uniquement pour rire. Il vient aussi applaudir leur outrecuidance - merci Jean Charest! - et manifester son approbation quand leur propos rejoint le sien, comme cette voisine enthousiaste qui répondait systématiquement aux accès d'indignation des quatre humoristes quand elle ne les anticipait pas. Tout y passe, de la tragédie haïtienne, commentée par un anthropologue/chauffeur de taxi, à la suave nouvelle ambassadrice de l'Unesco Michaëlle Jean incarnée par Brigitte Poupart, en passant par le maire Labeaume, la FTQ construction, les libéraux, le maire Vaillancourt, les dérapages des sommets du G8 et du G20 à Toronto, le gaz de schiste, la droite tendance parano de Johanne Marcotte et Éric Duhaime, le très visible Denis Coderre et même PKP pour qui les Slomos Loquaces chantent Libérez-nous de Péladeau.

Ce public complice ne leur tient surtout pas rigueur de constamment jeter un oeil à leurs textes sur lesquels il leur arrive parfois de trébucher. Rien de plus normal: du texte, Parenteau, Vanasse, François Patenaude et la Zapartiste de l'ombre Nadine Vincent en écrivent en quantité industrielle, suffisamment en tout cas pour meubler près de trois heures de spectacle. Comme leur humour tient moins de la performance et qu'en plus ils veulent coller à l'actualité récente, pas étonnant que les numéros soient de qualité inégale.

Il y a quelques longueurs, des blagues prévisibles, des textes satiriques chantés sur des airs connus qui ne font pas toujours mouche et des numéros imposés par l'actualité qu'ils n'ont pas réussi à rendre drôles. Mais il y a aussi quelques flashes irrésistibles, dont un hommage surréaliste au cinéaste disparu Éric Rohmer, plusieurs lignes très inspirées et suffisamment de moments forts pour faire un bon spectacle. Il y a surtout dans Zap 2010 une volonté de brasser la cage tellement rare de nos jours qu'elle mérite d'être applaudie.

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Zap 2010 des Zapartistes, les 28, 29 et 30 décembre au Métropolis.