La Cinquième Salle de la Place des Arts présente Woyzeck de Georg Büchner, dans une mise en scène signée par la Sadari Mouvement Laboratory de Corée. On s'attend à être étonné: il s'agit, après tout, d'une pièce écrite par un Allemand, jouée ici en coréen et en anglais, sur des musiques de tango d'Astor Piazzola.

Stéphanie Brody, collaboration spéciale LA PRESSE

Toutefois, au bout de 70 minutes, on a plutôt l'impression d'avoir assisté à un simple drame passionnel: rien à voir avec la virulente critique sociale de Büchner. Dans cette version de Woyzeck orchestrée par le metteur en scène Do-Wan Im et ses interprètes, tous formés à la méthode de théâtre physique du pédagogue français Jacques Lecoq, on n'arrive ni à se sentir interpellé ni à s'identifier aux personnages, même pas à Woyzeck, qui pourtant est l'archétype même de la victime.

Exploité au grand jour par la classe au pouvoir, dont un capitaine qui en fait son bouc émissaire, un médecin qui l'utilise comme cobaye, et par Marie, mère de son fils, qui le cocufie, Woyzeck sombre dans la folie. La communauté manipule cet être, déjà instable, au point de l'amener à poignarder Marie, lorsque, enfin, sa souffrance se transforme en rage mal dirigée. Certes, le choeur qui enchâsse constamment les protagonistes, les fragments de dialogue récités tantôt en anglais, tantôt en coréen et l'armée de chaises que les acteurs réagencent sans cesse, et qui symbolisent tour à tour l'enfermement, la folie, la séduction ou l'autorité, rendent bien la structure éclatée de Woyzeck.

Si ces procédés donnent lieu à des images mémorables, comme cet empilement de têtes désincarnées et moqueuses, ils appuient parfois l'action à si gros traits que cela brise la lente montée dramatique tissée par Büchner, l'étau qui se resserre sur Woyzeck. Idem pour l'usage de la musique d'Astor Piazzola, qui fait fréquemment verser la pièce dans un registre mélo (notamment lors des scènes de meurtre finales), d'autant plus que certains éléments de la scénographie pèchent déjà par leur esthétique surannée.

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Woyzeck, jusqu'au 20 novembre à la Cinquième Salle de la Place des Arts.