On se le fait dire assez souvent, Montréal est devenu l'une des capitales mondiales du cirque contemporain. Un titre obtenu en bonne partie grâce à la formation exceptionnelle offerte par les écoles professionnelles de cirque de Montréal et de Québec. Mais aussi à la TOHU, qui a créé un véritable pôle national de cirque à Montréal.

Jean Siag LA PRESSE

La popularité croissante des écoles de loisirs comme celle de Verdun et les programmes communautaires de qualité comme ceux de la Caserne 18-30 ont également contribué à cette consécration.

Avec à sa tête le Cirque du Soleil, Éloize et Les 7 doigts de la main, le cirque québécois rayonne dans le monde entier depuis des années, c'est acquis. Mais avec la création du festival Montréal complètement cirque, il y a quatre ans, les artistes de cirque ont commencé à se faire connaître au Québec.

En empruntant les codes de la danse et du théâtre, le cirque contemporain québécois est en train de réinventer les arts vivants, tout en attirant un public plus jeune. Une petite révolution en soi.

Ce n'est probablement pas un hasard si, depuis la naissance de Montréal complètement cirque, on assiste à l'éclosion de plusieurs nouvelles compagnies de cirque. Le festival leur a donné une nouvelle impulsion et, surtout, une visibilité.

Le Cirque Alfonse, né à Saint-Alphonse-Rodriguez, Vague de cirque, des Îles-de-la-Madeleine, les collectifs Flip Fabrique et Cat-Wall, de Québec, forment quelques-unes des étoiles montantes de cette nouvelle constellation.

Mais elles ne sont pas seules. De nombreuses autres compagnies ont vu le jour depuis les six dernières années: Throw2Catch de Samuel Roy et Nicolas Boivin-Gravel; Les parfaits inconnus de Sylvain Dubois; La bande artistique d'Émile Carey et Marie-Claude Chamberland.

Cette année, on a aussi découvert Fabrique Métamorphosis, d'Héloïse Depocas; Nord Nord Est de Benoît Landry; Les beaux-frères, le trio Barcode, Céans, LaboKracBoom, Toxique Trottoir et j'en passe...

Pour survivre, ces compagnies doivent trouver des diffuseurs. Certaines se sont déjà engagées dans le circuit des festivals internationaux. C'est le cas d'Alfonse et de Flip Fabrique.

Mais plusieurs d'entre elles voudraient aussi tourner au Québec. Pour des raisons familiales, Noémie Gervais, cofondatrice de Vague de cirque, s'est lancée dans cette aventure il y a quatre ans avec Alain Boudreau (cofondateur d'Éloize). Mais les routes du Québec sont parsemées d'obstacles.

«Le problème, nous a récemment dit Noémie Gervais, c'est qu'il n'y a aucune infrastructure de cirque au Québec. Quand on arrive quelque part, on doit tout faire. En France, par exemple, chaque ville a un lieu pour installer un chapiteau; on peut aussi trouver tous les équipements dont on a besoin. Pas ici.»

Bien sûr, la France a une longue tradition de cirque. On dénombre au moins 800 compagnies là-bas. On est loin du compte ici. Tout est donc à faire.

L'autre défi de ces compagnies qui veulent tourner au Québec est d'attirer les foules. Pour qu'un spectacle soit rentable, il faut remplir son chapiteau ou sa salle pendant plusieurs jours.

Or, les villes du Québec, peu populeuses, ne s'engagent bien souvent que pour un ou deux soirs, une question bassement mathématique. Les coûts de déplacements et d'installation sont souvent très élevés. Un constat qu'a fait en son temps le cirque ambulant Akya de Rodrigue "Chocolat" Tremblay, qui a pratiquement cessé de tourner.

Enfin, la plupart de ces petites compagnies sont gérées par les artistes eux-mêmes. Un double emploi qui n'est pas toujours heureux. D'où l'importance de l'aide gouvernementale pour permettre aux compagnies québécoises de s'administrer et d'être diffusées.

Malheureusement, le budget du Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ) est limité. L'an dernier, le cirque a reçu environ 1,2 million, soit 20 fois moins que le théâtre. Pour tourner au Québec, sept compagnies se sont partagé une enveloppe d'à peine 100 000$, une somme nettement insuffisante.

Le directeur du CALQ, Christian O'Leary, reconnaît que la demande d'aide aux tournées (notamment au Québec) a augmenté depuis quelques années. Il constate aussi une augmentation du nombre de compagnies demandeuses, mais avec cette nuance.

«Comme la plupart des artistes de cirque sont recrutés par des cirques existants aussitôt leur formation terminée, ils ne sont pas si nombreux à fonder des compagnies. Cela dit, je suis optimiste sur le fait que nos budgets suivront la croissance du cirque.»

La semaine dernière, le Conseil des arts de Montréal a annoncé la création d'un fonds de 30 000$ d'aide à la relève en cirque. Une belle initiative menée avec la TOHU, mais une aide réduite pour cette famille de cirque qui s'agrandit.

Inévitablement, le CALQ et le ministère de la Culture devront soutenir cette industrie avec de nouveaux fonds, une demande répétée par la TOHU au fil des ans. Pour soutenir ces nouvelles compagnies de la relève en cirque, mais aussi pour que le cirque québécois rayonne ici, et pas seulement dans les cabarets allemands.