Le Festival mondial du cirque de demain à Paris nous revient pour la troisième fois avec son «Édition spéciale». Un spectacle qui compte une dizaine de numéros de cirque primés au cours des dernières années. La Presse s'est entretenue avec son directeur artistique, Pascal Jacob.

Jean Siag LA PRESSE

Pascal Jacob est une figure bien connue dans le monde du cirque. Auteur de nombreux ouvrages sur le sujet, il enseigne l'histoire du cirque en France, en Belgique et... à Montréal! Avec le directeur général Alain Pacherie, il a mis sur pied ces rendez-vous biennaux. «L'idée générale est de présenter ici des numéros marquants du Festival mondial du cirque de demain, explique Pascal Jacob, qui est le directeur artistique du festival depuis cinq ans. Des numéros qui ont été primés et qui montrent toute la diversité de ce qui se fait en cirque.»

On le sait, le Festival mondial du cirque de demain à Paris est l'une des compétitions les plus importantes du monde pour les artistes de cirque. Avec le festival de Monte-Carlo, de Budapest et de Russie, Paris attire les meilleurs artistes de la planète pour cet événement annuel que l'on compare souvent aux Jeux olympiques des circassiens. Les diplômés de l'École nationale de cirque de Montréal s'y sont d'ailleurs illustrés, remportant une quarantaine de médailles et de prix au cours des 20 dernières années.

«L'école montréalaise»

«Les artistes de cirque qui ont été formés à Montréal comptent parmi les meilleurs du monde, indique Pascal Jacob. Ils sont en phase avec le monde dans lequel ils vivent et leur jeu fait écho à qui ils sont. Vous savez, au-delà de la performance, l'artiste de cirque doit donner du sens à ce qu'il fait. On ne lui demande pas nécessairement de jouer un rôle, mais de prendre conscience qu'en montant sur une scène, il a quelque chose à exprimer. Et cette justesse-là est difficile à trouver. Et puis il faut savoir jusqu'où aller. Faire dire des mots à un artiste de cirque, c'est aussi prendre un risque!»

Cette année, les quatre diplômés de Montréal qui ont participé à la compétition parisienne sont repartis avec des médailles: Guilhem Cauchois et Sarah Tessier, qui font un duo sur trapèze fixe ont remporté l'une des quatre médailles d'or. Ils se sont d'ailleurs joints à la distribution de Totem, du Cirque du Soleil. Angelica Bongiovonni, une spécialiste de roue Cyr qui joue dans Cirkopolis d'Éloize, a remporté l'argent. Tandis qu'Eric Bates, habile manipulateur de boîtes de cigares, que l'on a pu voir dans Séquence 8 des 7 doigts de la main, est reparti avec une médaille de bronze.

Malheureusement, aucun de ces médaillés ne sera à Montréal cette semaine. C'est une des difficultés des organisateurs du festival, admet Pascal Jacob. «De nombreux artistes ont des engagements avec des compagnies de cirque, mais on parvient toujours à en retenir quelques-uns.» Parmi eux, un spécialiste chinois de la toupie Ba Jianguo, qui a également remporté l'or au mois de janvier dernier. «C'est un autodidacte, un jongleur de rue, qui fait un numéro époustouflant», explique Pascal Jacob. Nous verrons également les contorsionnistes tanzaniens Robert et Abillah; l'équilibriste Julia Mathez, qui fait un numéro sur verres de cristal (!); ainsi que les Belges Bert&Fred, spécialistes du trapèze Washington. Tous ont reçu des prix et des mentions le mois dernier.

Parmi les autres artistes invités, mentionnons la présence de l'Américaine Nathalie Enterline, médaillée en 1984! Cette spécialiste du twirling bâton fait exactement le même numéro qu'il y a 20 ans. Également au programme: le jongleur français Morgan Cosquier, médaillé d'argent en 2008; les acrobates allemands Chris et Iris, médaillés d'argent en 2012 pour leur numéro de main à main; la trapéziste allemande Lisa Rinne, également médaillée d'argent, qui fait un numéro de corde-échelle et de trapèze ballant; et les clowns suisses Starbugs. Bref, de tout pour tous.

Comme pour les deux dernières présentations, le Festival mondial du cirque de demain débarque ici avec son orchestre et son légendaire maître de cérémonie Calixte de Nigremont, en poste depuis 12 ans! «Notre fil rouge, c'est lui, nous dit Pascal Jacob. Nous ne sommes pas dans une logique de compétition, mais on amène l'esprit de cette compétition. Avec les numéros que nous avons choisis, on a concocté un spectacle.» Le numéro d'ouverture mettra en vedette une douzaine de finissants de l'École nationale de cirque de Montréal, un tableau d'environ cinq minutes, mis en scène par la directrice pédagogique de l'École, Julie Lachance.

À la TOHU du 19 février au 3 mars.