Il y a des moments où l'on se sent sur le toit de l'univers. Hier soir, peu avant minuit, les quelque 2500 spectateurs du grandiose théâtre romain de Fourvière, surplombant Lyon, se sont levés d'un même mouvement pour ovationner les huit jeunes artistes du nouveau spectacle des 7 doigts de la main.

Louis-Bernard Robitaille, collaboration spéciale LA PRESSE

Cela devait s'appeler Momentum (le titre est resté tel quel sur le programme du festival des Nuits de Fourvière), mais c'est devenu Séquence 8: pour huit artistes sur scène, et pour la huitième création de la troupe.

Nassib El-Husseini, l'un des principaux responsables des 7 doigts, nous avait prévenus: «Il y a toujours des choses qui clochent lors des premières représentations, à commencer par la toute première. Après, on rode le spectacle et il y a de petits ajustements.»

Il y a donc eu en 100 minutes de spectacle quelques très légers ratages dans les numéros les plus difficiles, un peu plus que dans un spectacle de cirque bien rodé. Il est également possible qu'au fil des prochaines représentations on resserre quelque peu certains passages lents de la seconde partie, qui se traînent parfois, surtout en comparaison des morceaux de bravoure époustouflants de la première heure. Question de fignolage et de finition, sans plus.

Car dans l'ensemble, les spectateurs ont été tout simplement émerveillés par ce mélange parfait de virtuosité technique, de fantaisie et de poésie. De beaux éclairages, une musique de scène séduisante et efficace, un maître de piste ironique et élégant (Colin Davis) mettant en valeur un texte plein d'humour et d'intelligence: on retrouvait, sur un canevas assez général, le cocktail brillamment dosé à la frontière du cirque traditionnel à son niveau le plus exigeant, du théâtre et de la chorégraphie.

Dans les gradins, une certaine Madona Bouglione, héritière d'une célèbre dynastie qui a animé le cirque français depuis près d'un siècle, jugeait le spectacle tout simplement «extraordinaire». La séquence de bascule (planche sautoir) exécutée par Maxime Laurin et Ugu Dario lui a arraché des applaudissements enthousiastes. De même que la performance de Devin Henderson avec ses anneaux chinois. Il faudrait aussi mentionner Eric Bates, qui transforme la manipulation de boîtes de cigares en une chorégraphie pleine de fantaisie et de poésie. Les spectateurs du théâtre romain étaient sous le charme et retenaient souvent leur souffle.

La renommée de la troupe n'est plus à faire en France (comme aux États-Unis). Si la création de Séquence 8 avait lieu hier soir à Lyon, c'est que le patron des Nuits de Fourvière, Dominique Delorme, avait décidé depuis longtemps de coproduire le nouveau spectacle: «Désormais, on parie sur un nouvel opus des 7 doigts les yeux fermés», dit-il.

De fait, la carrière de Séquence 8 en France était déjà lancée avant même la première. Outre Madona Bouglione, d'autres grands professionnels du cirque avaient fait le déplacement, des directeurs de salles ou de tournées. Christian Bourgault, des productions Blue Line, et qui est depuis des années le partenaire privilégié des 7 doigts en France, était déjà en train de jongler avec de nombreuses dates de tournée: Montpellier, Grasse et Monaco dans un proche avenir, et une ou deux grandes salles parisiennes qui pourraient être Bobino, le Casino de Paris ou les Folies Bergère. «On jouera ce spectacle pendant au moins deux ans à Paris et en province», dit-il.

Des membres éminents de la famille du cirque avaient fait le déplacement, Stéphane Lavoie de la Tohu, Agathe Alie et d'autres représentants du Cirque du Soleil. Sans oublier les metteurs en scène du nouveau spectacle, Shana Carroll et Sébastien Soldevila.

Après le grand succès de Psy et de La vie l'hiver dernier à la Villette, Séquence 8 démarre en trombe. Et il est question de reprendre Traces la saison prochaine dans un grand théâtre parisien.

Dans la Capitale des Gaules, la compagnie des 7 doigts a confirmé qu'elle était en pleine gloire. Mais ce n'est même plus une nouvelle.