Depuis l'annulation du spectacle SLÄV en juillet dernier, Robert Lepage s'était peu exprimé sur cette controverse. Dans une lettre publiée vendredi matin, le metteur en scène prend le temps d'expliquer son point de vue.

VÉRONIQUE LAUZON LA PRESSE

« Peu importe de quel côté on a pu se ranger pendant la controverse entourant le spectacle SLĀV, force est d'admettre qu'elle aura au moins eu pour effet de susciter au Québec une réflexion nécessaire qui s'imposait depuis longtemps. Malheureusement, comme c'est souvent le cas chez nous, les débats sociétaux d'importance ont parfois tendance à se transformer en dialogue de sourds, dans le cadre duquel le discours s'embrouille et ne devient qu'un empilage d'idées et d'opinions où règnent le bruit et la confusion », écrit Robert Lepage.

Il poursuit : « Au cours de la dernière année, on m'a souvent reproché de ne pas m'être assez exprimé sur le sujet et, surtout, de ne pas m'être prêté au jeu des médias. Mais il me semblait que pour émettre une opinion, il me fallait être capable de l'articuler. Je dois avouer que même aujourd'hui, bien qu'elle ait évolué, ma position est encore loin d'être claire. C'est pourquoi il m'apparaissait plus sage de garder le silence que d'ajouter ma voix à la cacophonie générale ».

Robert Lepage explique qu'il a rencontré le collectif « SLÄV Résistance », qui est né pendant la controverse, l'été dernier, et qui appelait au dialogue sur des enjeux et des concepts comme l'appropriation culturelle, le manque de diversité sur nos scènes, le privilège blanc, le racisme, etc.

« À la fin de l'automne, après plusieurs mois d'hésitation et de scepticisme, j'acceptais l'invitation du groupe SLÄV Résistance » à aller les rencontrer en personne. Prenant mon courage à deux mains, je me rendais dans un lieu déterminé à leur convenance, résolu à me faire embrocher et à rôtir à feu vif. Mais, contrairement aux irascibles militants d'extrême gauche dépeints par certains médias, j'étais accueilli par des gens qui faisaient preuve d'une grande ouverture et qui se sont avérés très sensibles, intelligents, cultivés, articulés et pacifiques. Prévenu à tort par quelques personnes que j'allais probablement avoir affaire à une bande d'"anglos radicalisés de l'Université Concordia", tout mon argumentaire avait été préparé en anglais. Mais quand j'ai compris que la grande majorité d'entre eux étaient francophones et que la discussion allait se dérouler principalement dans la langue de Molière, je dois avouer que je me suis retrouvé démuni et balbutiant », écrit Robert Lepage.

Toujours à propos de cette rencontre avec une quinzaine des membres de ce collectif, il ajoute : « Dans ce climat d'ouverture et de transparence, il était plus facile pour moi d'admettre mes maladresses et mes manques de jugement et de tenter d'expliquer le bien-fondé de notre démarche. Il m'était également important d'admettre que la version de SLÄV que nous avions présentée en juin dernier était loin d'être aboutie et que ce n'était peut-être pas par hasard que les problèmes dramaturgiques dont souffrait le spectacle correspondaient exactement aux problèmes éthiques qu'on lui reprochait. Si nous avions pu jouer plus longtemps, nous aurions sûrement pu faire mieux, mais bon... D'ailleurs, j'aimerais mentionner ici que depuis juin dernier, le contenu de SLĀV a été soumis à une réécriture et à une révision complète de son contenu ».

Le spectacle sera présenté à quelques reprises en 2019, dont à Sherbrooke (16 janvier), à Saint-Jérôme (23 janvier) et à Drummondville (29 janvier).

Le fondateur d'Ex Machina, Robert Lepage, conclut sa lettre en confiant que quelques personnes de SLÄV Résistance assisteront à des répétitions du spectacle avant sa reprise.

« À la fin de la rencontre, il m'est apparu évident que, de tous ceux présents à cette rencontre, j'étais le seul qui ait la visibilité, le pouvoir et les moyens de poser les premiers gestes réparateurs », écrit-il.

> Lisez la lettre de Robert Lepage en entier