Quand Élise Verdoncq et Omerio sont apparus en ombres chinoises sur la butte, les spectateurs d'Odysséo avaient déjà assisté à une grande prestation jeudi soir. Le couple cavalière-cheval, le meilleur de la troupe, a alors livré une démonstration d'équitation d'école dont tout le monde, même ceux qui n'ont jamais mis le pied dans un étrier, était à même d'apprécier la beauté. Et la difficulté.

Daniel Lemay LA PRESSE

Et voilà le lac transformé en un énorme éclaboussement par les sabots d'une dizaine de chevaux montés et d'autant d'étalons arabes galopant en liberté de l'eau à la montagne à l'eau. Free-for-all apparent où le cheval confirme sans forcer son statut de maître absolu de la locomotion. Après la course folle, alignement à main droite sur Élise et Omerio. Au risque de se répéter: irrésistible.

Odysséo, deuxième création de la compagnie québécoise Cavalia, a marqué jeudi son retour à Montréal par une prestation dont la qualité - équestre, acrobatique, technologique, musical - ne se dément pas et qui fera toujours oublier les ratés inhérents aux soirs de première ou, plus généralement, aux spectacles de cette nature, sinon de cette envergure.

Une cavalière de poste hongroise (debout sur deux chevaux trottant côte à côte) est tombée; un acrobate guinéen a raté sa réception... sur les épaules de son comparse et s'est repris immédiatement; un cheval arabe a rompu les rangs et tenté de semer la pagaille dans un quatuor voisin... qui l'a ignoré. Ailleurs, une cavalière du carrousel «Grand Cavalia» trotte encore tape-cul et quatre ou cinq chevaux - ou peut-être leurs cavaliers - n'ont pas réussi l'épaule en dedans, un mouvement de dressage de base où le cheval se déplace d'un côté en regardant de l'autre.

Les concepteurs de Cavalia, qui ne font pas dans la complaisance, acceptent ces choses parce qu'ils ont fait le choix de faire travailler leurs chevaux avec les brides les moins sévères, laissant par le fait même plus de liberté à la bête... et moins de contrôle au cavalier. Le principe se vérifie quotidiennement chez les humains... Les chevaux de Cavalia - 22 étalons pleins de testostérone et 45 castrés, âge moyen 8 ans - ne reçoivent jamais de correction physique. C'est un choix «artistique»...

Depuis sa création à Laval en octobre 2011, Odysséo (www.cavalia.net) n'a pas changé sur le fond, mais n'en a pas moins grandement évolué. Le son est plus limpide, permettant d'apprécier pleinement la musique de Michel Cusson, impeccablement livrée jeudi par l'orchestre de quatre instrumentistes dirigés par Éric Auclair: «Ça rentrait au poste!» On a aussi pu apprécier le talent de la nouvelle chanteuse, l'Américaine Anna-Laura Edmiston, qui donne aux paroles italiennes une résonance tout aérienne. En fond de scène, par ailleurs, les images de synthèse de Geodezik s'intègrent mieux à la terre (réelle) de la piste pour former un tout qui devient tantôt steppe mongole, tantôt plaine africaine. Saisissant.

La force d'Odysséo, présente et future, reste dans l'interaction des hommes et des chevaux dont le nouveau pot-pourri final offre un spectaculaire condensé. Quarter horses au grand galop avec cavaliers accrochés au pommeau et les pieds qui traînent dans l'eau. Dans les airs, les acrobates aériens virevoltent dans leurs cerceaux tandis que sous eux, ces merveilleux Guinéens se lancent dans un dernier enchaînement de quatre saltos arrière. Flic flac souriant dans quatre pouces d'eau. Odysséo nous laisse encore clapotant de plaisir.

Odysséo, jusqu'au 9 juin au Grand Chapiteau Blanc de Laval