Furieux et désespérés: retour aux sources pour Olivier Kemeid

Le dramaturge et metteur en scène Olivier Kemeid... (Photo: Martin Chamberland, archives La Presse)

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Le dramaturge et metteur en scène Olivier Kemeid a vécu d'étranges sentiments quand il est retourné en Égypte, pays que son père a quitté à l'âge de 6 ans. Ce voyage de même que la révolution du printemps 2011 ont inspiré sa pièce Furieux et désespérés.

Photo: Martin Chamberland, archives La Presse

Au Québec, les histoires d'immigration sont nombreuses. Celle d'Olivier Kemeid est semblable à mille autres. Ses grands-parents ont quitté l'Égypte dans les années 50 pour s'établir ici. Mais qu'en est-il des membres de la famille qui sont restés? Sa pièce Furieux et désespérés est une collision frontale entre eux et ceux qui ont choisi de partir.

En 2008, Olivier Kemeid a visité son pays d'origine pour la première fois. Seul. «Le jour de mon départ, mon père m'a remis un guide vert de l'Égypte et il m'avait encerclé tout ce qui avait une importance pour lui, 56 ans après son départ... parce qu'il n'avait que 6 ans. Là je me suis dit: l'enfant qu'il était est resté là-bas. Je voulais qu'il m'accompagne, mais c'était trop violent pour lui. Il ne pouvait pas y aller.»

Son père, qui a quitté Le Caire avec ses parents dans les années 50, n'a jamais voulu retourner au pays. «Mon père avait une obligation d'intégration quand il est arrivé au Québec, poursuit l'auteur et metteur en scène de Furieux et désespérés. S'il ne s'était pas intégré, il aurait invalidé tous les sacrifices de ses parents. Il était dans le déni et il a un peu refoulé son identité, jusqu'à ce qu'il renoue avec ses racines égyptiennes au tournant de la quarantaine.»

C'est également à ce moment-là qu'Olivier Kemeid a commencé à s'intéresser à ses origines. Et aux membres de sa famille qui sont restés en Égypte.

Parmi eux se trouvait une cousine de son père, Béatrice. Lors de son voyage en Égypte, Olivier Kemeid l'a rencontrée pour la première fois. «J'ai eu un sentiment de culpabilité qui est complètement absurde. Je n'ai rien décidé moi, je suis né ici. Même mon père n'a rien décidé puisque ce sont ses parents qui ont quitté. Mais je me suis dit que j'étais quand même un héritier de ce départ. Je suis le fruit de cet abandon. Personne ne me l'a reproché directement, mais je l'ai ressenti et ça m'a bouleversé.»

Comme beaucoup de chrétiens d'Égypte, les Kemeid, d'origine libanaise, ont choisi le chemin de l'exil. Une partie de la famille a donc quitté le pays, quelques mois après la révolution de 1952, après que les Officiers libres menés par Abdel Gamal Nasser eurent chassés les Anglais. «Ils ont vécu le grand incendie du Caire, qu'avaient déclenché des émeutiers dans la foulée de la révolution. Mon père se souvient d'avoir vu des gens brûler, sauter par les fenêtres de leurs immeubles... Ils ont eu peur. Dès qu'ils ont pu, ils ont quitté le pays.»

La révolution du printemps 2011 a accéléré le processus d'écriture. «Je me suis dit que c'était le bon moment. Je voyais la petite histoire croiser la grande. Et quand j'ai vu les chrétiens et les musulmans, pendant un court moment, se donner la main, ça m'a chaviré.» Furieux et désespérés fait donc le récit de Mathieu, parti à la rencontre de sa famille dans son pays d'origine. Une révolution éclate pendant son séjour et, bien malgré lui, il se trouve impliqué dans des histoires. Il aidera même sa cousine Nora à libérer son amoureux, un jeune musulman nommé Eryan.

Il s'agit bien sûr d'une oeuvre de fiction, mais l'auteur s'est beaucoup inspiré de son retour aux sources. «Je me suis rendu dans la rue Talaat Harb, qui s'appelait Soliman Pacha à l'époque, là où se trouve l'immeuble Yacoubian. Mon père est né dans la même rue, au 44A. D'ailleurs, je raconte dans la pièce ma recherche du 44A, la méprise de la cousine de mon père, qui a cru que j'étais la femme de mon père à cause de ma voix aiguë.» L'humour d'Olivier Kemeid est présent du début à la fin de la pièce. Particulièrement dans les moments dramatiques. Notamment dans une scène de négociation, hilarante.

Son adaptation de L'Énéide, de Virgile, et de Moi dans les ruines rouges du siècle, basé sur le récit de vie de Sasha Samar, l'ont mené à l'écriture de Furieux et désespérés.  «En rétrospective, je trouve que mes pièces forment un triptyque sur l'exil. Mes trois pièces parlent de ça. De Virgile à Sasha Samar (un ami) à moi, il y a une gradation. C'est une pièce très personnelle. Mais je n'ai pas voulu situer l'action au Caire ou en Égypte. Je n'en fais jamais mention. Ça pourrait se passer à Tunis ou ailleurs. Je ne fais pas du théâtre documentaire ni du théâtre politique, c'est du théâtre épique, dramatique.»

La distribution est éclatante. Maxim Gaudette interprète le rôle de Mathieu; Marie-Thérèse Fortin celui de la cousine de son père, Béatrice; Émilie Bibeau la jeune Nora; Mani Soleymanlou son amoureux Eryan. Denis Gravereaux sera un chauffeur de taxi, Pascale Montpetit la journaliste Florence, et Johanne Haberlin interprétera le rôle de Nadia, une amie de Béatrice. Parleront-ils avec un accent moyen-oriental? «Non, répond Kemeid, je ne voulais pas tomber dans le folklore. Ils s'expriment comme moi. C'est l'histoire d'un exil qui s'est terminé au Québec. Qu'elle soit racontée par des Québécois, dans notre langue, ça me fait plaisir, et ça m'émeut.»

Furieux et désespérés au Théâtre d'Aujourd'hui du 19 février au 16 mars.




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