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Jorn Weisbrodt : du charme, des contacts et... Rufus

Nommé à la tête du festival Luminato, Jorn... (Photo: Fernando Morales, The Globe and Mail)

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Nommé à la tête du festival Luminato, Jorn Weisbrodt est le nouveau prince des arts à Toronto. Cet Allemand de 39 ans, arrivé à Toronto il y a à peine six mois, considère qu'il a encore beaucoup de choses à apprendre sur le Canada et sa scène culturelle. Il a compris que l'humilité et l'ouverture étaient meilleures conseillères que l'arrogance.

Photo: Fernando Morales, The Globe and Mail

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(Toronto) Assistant du directeur de l'Opéra de Berlin, directeur à Long Island du Watermill Center, incubateur créatif du metteur en scène Robert Wilson dont il était aussi l'agent, Jorn Weisbrodt ne sortait pas de nulle part lorsqu'il a été choisi pour diriger le Festival des arts Luminato de Toronto. Nous l'avons rencontré à mi-chemin du sixième Luminato et à deux mois de son mariage avec Rufus Wainwright.

La poignée de main est ferme, le regard engageant même si du haut de ses 6 pieds, Jorn Weisbrodt est souvent pris pour regarder les gens de haut. Pas au sens figuré évidemment. Autrement, bien qu'il soit le nouveau prince des arts à Toronto, qu'il dispose chaque année de 11 millions pour commander des oeuvres et engager n'importe quel artiste de son choix pour se produire à son festival, Jorn Weisbrodt ne montre pas la moindre trace d'arrogance ou de prétention.

Les raisons sont nombreuses. D'abord, le nouveau directeur de 39 ans n'est pas un Canadien. C'est un Allemand de Hambourg. Il est arrivé à Toronto il y a à peine six mois, et considère qu'il a encore beaucoup de choses à apprendre sur le Canada et sa scène culturelle. Il a compris que l'humilité et l'ouverture étaient meilleures conseillères que l'arrogance.

Jusqu'à maintenant, il a occupé dans le monde de la création des postes clés, mais toujours subordonnés à une plus haute autorité à l'ego souvent surdimensionné. Cela l'a sans doute aidé à garder les pieds sur terre. Et puis, dernière raison, il n'est pas un artiste. Il le sait et n'en fait pas de complexes.

«Je voulais être metteur en scène à l'opéra. J'ai fait des études dans ce sens-là, à Berlin. Mais après un stage auprès de Robert Wilson, un des plus grands metteurs en scène de son siècle, j'ai compris que ce qui m'attendait, c'était d'être un bon médiocre metteur en scène à Leipzig et j'ai décidé de me réorienter. C'est important de prendre cette décision-là, sinon on fait les choses à moitié. On est artiste la fin de semaine et on gagne sa vie le reste du temps. Très peu pour moi.»

Né et élevé à Hambourg en Allemagne, le cadet des deux fils d'un père employé chez Unilever et d'une mère travaillant chez Lufthansa, Weisbrodt a commencé à fréquenter l'opéra avec ses parents, dès l'enfance. Son opéra préféré demeure à ce jour Pelléas et Mélisande, qu'il a d'ailleurs monté à Berlin. Mais surtout, l'opéra a été l'élément déclencheur de sa rencontre avec Rufus Wainwright, il y a plus de sept ans.

Les deux avaient une amie commune qui a refilé un CD de Rufus à Weisbrodt qui ne l'a pas écouté. Du moins, pas sur le coup. Puis, des mois plus tard, alors qu'il voulait monter un opéra adapté d'Extremely Loud and Incredibly Close, le roman sur le 11-Septembre de Jonathan Safran Foer, Weisbrodt a pensé à Rufus. Ils se sont rencontrés à Berlin pour en discuter. C'était bien avant que le roman ne devienne un film, mais les droits avaient déjà été vendus et le projet est tombé à l'eau.

L'homme de sa vie

Arrive le 23 juillet 2005, jour de l'anniversaire de Rufus. «L'amie commune, qui n'arrêtait pas de me parler de Rufus, tellement que c'en était ridicule, m'a invité à une fête qu'elle organisait pour lui, à Long Island. Le lendemain, on est allés à la plage ensemble et on est tombés dans l'océan de l'amour», raconte-t-il en rigolant et sans s'offusquer que les médias reviennent inlassablement sur le sujet.

«Rufus est l'homme de ma vie. Nous allons nous marier bientôt, il fait partie de qui je suis. Pourquoi faire des secrets avec ça?»

Le directeur ajoute toutefois, pour la forme, qu'en prenant la tête de Luminato en janvier et en proposant de programmer des spectacles avec Rufus, il a consulté son conseil d'administration avant.

«Je ne voulais pas qu'on m'accuse de conflits d'intérêts. Ma chance, c'est que Rufus n'est pas un artiste médiocre. C'est un grand artiste qui n'a pas besoin d'être pistonné par son mari, à Luminato ou ailleurs.»

Le futur de Rufus n'hésite pas à raconter que leur relation a mis du temps à mûrir.

«Avant de me rencontrer, la plus longue relation amoureuse de Rufus avait été de trois semaines. D'entrée de jeu, il m'a dit: l'engagement et moi, ça fait deux. Je lui ai répondu: pas de problème, fais ce que tu veux. Il m'a aussi prévenu que le numéro un dans sa vie, c'était sa mère Kate. Je lui ai répondu que je n'avais aucun problème à être le numéro deux. Avec Kate, ça a cliqué tout de suite.»

Rufus Wainwright et Jorn Weisbrodt... (Photo: Evan Agostini, La Presse Canadienne) - image 2.0

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Rufus Wainwright et Jorn Weisbrodt

Photo: Evan Agostini, La Presse Canadienne

Toronto et Luminato

Weisbrodt était à Montréal, au chevet de Kate au moment de sa mort. Il lui a dit de ne pas s'inquiéter pour Rufus, qu'il serait toujours là pour lui.

Ce n'était pas la première fois que Weisbrodt venait à Montréal. De son propre aveu, il connaît mieux Montréal que Toronto. Mais il ajoute que Toronto est à un moment charnière de son histoire.

«C'est un moment intéressant pour Toronto qui a toujours vécu dans l'ombre du géant américain, sauf qu'aujourd'hui, le géant ne va pas bien. Il est en perte de prestige et de pouvoir. Toronto, pendant ce temps-là, se porte bien et ne demande qu'à s'ouvrir et à s'épanouir culturellement. Évidemment, ce n'est pas Montréal, mais je pense sincèrement qu'il y a moyen de créer un esprit de créativité et d'aventure à Toronto semblable à ce qui existe à Berlin ou à ce qui existait dans le New York des années 70 ou le Paris des années 20. Luminato pourrait très bien en être le catalyseur.»

Pour l'instant, pourtant, l'identité de Luminato demeure floue, à cause de sa pluridisciplinarité et du fait que l'art de pointe et le divertissement s'y côtoient de manière échevelée. Le nouveau directeur concède qu'il y a du travail à faire, mais que la cause est loin d'être désespérée.

«L'impression générale, c'est que Luminato n'est pas un festival, mais sept minifestivals de théâtre, de danse, d'arts visuels, etc. Mon intention, c'est de faire interagir les différentes disciplines entre elles afin de créer de l'unité et de la cohésion. En entrant en fonction, j'ai demandé à l'animateur Jian Ghomeshi, qui s'y connaît en culture, ce qu'il pensait du festival jusqu'à maintenant. Selon lui, Luminato est perçu comme un évènement trop «corporatif». Le plus drôle, c'est que la perception de Luminato est bien meilleure à l'extérieur du pays. Depuis que je suis en poste, je ne compte plus le nombre d'artistes étrangers qui m'ont appelé pour y participer.»

Weisbrodt entend se servir des millions de Luminato pour commander des oeuvres, en priorité à des artistes canadiens, mais aussi étrangers. Il aimerait travailler avec les chorégraphes Crystal Pite ou Benoît Lachambre. Il se désole du fait que la troupe de Pina Bausch ne soit pas venue à Toronto depuis 30 ans. Il entend bien remédier à la situation et comme son carnet d'adresses est bien garni, il ne devrait pas rencontrer d'obstacles majeurs.

En attendant le 7e Luminato, en juin 2013, Jorn Weisbrodt a des projets à étudier, des artistes à solliciter et un mariage à organiser. La date des noces a été fixée à la fin août à Long Island. Ce sera un mariage non religieux. La petite Viva, la fille de Rufus et de Lorca Cohen, sera demoiselle d'honneur.

Mais si l'on se fie à l'horaire de tournée hyper chargé de Rufus Wainwright, la lune de miel du nouveau couple sera sûrement de courte durée. Jorn Weisbrodt aura tout le temps nécessaire, au cours des prochains mois, pour découvrir Toronto et rebâtir Luminato.




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