Si le Cirque du Soleil se lançait dans l'arène du théâtre et des joutes oratoires, Oulipo Show pourrait être l'un de ses spectacles. On ressent en tout cas le même vertige devant ces interprètes qui multiplient acrobaties et contorsions de la langue, dans un spectacle-performance complètement déroutant.

Mis à jour le 21 oct. 2011
Jean Siag LA PRESSE

Pour ses 30 ans, le Théâtre Ubu, dirigé par Denis Marleau, a voulu se faire plaisir en reprenant cette pièce créée en 1988. C'est une espèce d'ovni du courant d'avant-garde, qui célèbre les mots (parfois inventés), en les déclinant de toutes les façons possibles, la plupart du temps dans une jouissive et incompréhensible symphonie.

Le quatuor d'acteurs formé de Carl Béchard, Pierre Chagnon, Danièle Panneton et Bernard Meney - la même bande que dans la pièce originale - est tout simplement renversant. Apprendre ces textes de Raymond Queneau et autres Italo Calvino, Georges Perec ou encore François Caradec est déjà remarquable. Les réapprendre 25 ans plus tard relève de la pure folie.

Parler de quatuor n'est pas anodin, puisque les quatre acteurs livrent ces textes étranges avec une virtuosité musicale qui nous souffle. Avec un rythme et une précision de métronome. Pourtant, du début à la fin, Ubu se moque allègrement de nous en balançant ces courtepointes de mots auxquels on s'accroche comme à une bouée pour leur trouver un sens plus large. En vain.

Le spectacle commence par une succession de courts monologues qui s'enchevêtrent finalement pour évoquer, avec humour et dérision, les relations entre le metteur en scène, l'auteur, l'actrice, les acteurs célèbres, les acteurs que personne ne connaît... Le texte, qui pourrait être un exercice de diction pour acteurs-apprentis, est à peu près intelligible. Ce qui n'est pas toujours le cas...

Les exercices de style de Raymond Queneau, par exemple, est une banale histoire autour d'un gars dans le métro proposée en 99 versions différentes! Avec des variantes bien sûr, accents, intonations et mimiques qui leur donnent à chacune une couleur bien à elles.

Difficile de décrire cette profusion de mots qui voltigent dans la salle pendant plus d'une heure, sans temps mort. Mais ça fait du bien à entendre.

Oulipo Show fait un peu penser au Groupe de poésie moderne, qui avait présenté il y a deux ans une pièce tout aussi jouissive, De l'impossible retour de Léontine en brassière, qui se nourrissait de ce même esprit de plaisir et de délire de la langue où l'on s'amuse à construire et déconstruire les mots.

Ces propositions improbables, une fois acceptées, nous plongent dans un état de grâce et de légèreté plutôt agréable.

À Espace GO jusqu'au 12 novembre.