Pour célébrer les 30 ans d'UBU, Denis Marleau a réuni les comédiens d'un spectacle-phare de la compagnie. Retour vers le futur.

Luc Boulanger LA PRESSE

En 1988, un petit spectacle de 60 minutes créé presque clandestinement à la salle Fred-Barry allait renverser public et critiques. Avec Oulipo Show, Denis Marleau et ses complices du Théâtre UBU proposaient du jamais vu au Québec. Quatre acteurs, debout derrière une table, livraient un collage de textes écrits (pas pour la scène) par une demi-douzaine d'auteurs, dont principalement Exercices de style de Raymond Queneau. Ce dernier étant l'un des membres influents de l'Ouvroir de littérature potentielle, le titre de la pièce est formé des premières lettres de ce mouvement d'avant-garde.

Or voilà : ces acteurs jouaient ce matériel avec tant de virtuosité, de génie et de bonheur qu'on ressortait de la salle avec le sentiment d'avoir vu une oeuvre majeure. Ce qui devait se confirmer plus tard : Oulipo Show a été présenté plus de 200 fois au Québec et en Europe.

Pour célébrer les 30 ans d'UBU, Denis Marleau a eu la bonne idée de remonter Oulipo Show avec les quatre acteurs de la création : Carl Béchard, Pierre Chagnon, Bernard Meney et Danièle Panneton. «Je ne m'attendais jamais à refaire ce spectacle, dit Carl Béchard. Mais, comme les trois autres acteurs, j'ai tout de suite accepté la proposition de Denis. C'est un beau coup de chapeau qu'il nous fait. Car nous avions pris des chemins différents d'UBU ces dernières années. On s'était un peu perdus de vue.»

«On a tous évolué, humainement et artistiquement, explique Danièle Panneton. On a donc eu envie d'aborder le travail différemment. Ça demeure le même show, mais notre jeu est plus fluide, plus souple. On ne tombe pas dans la nostalgie : ça reste amusant et vivant.»

Le corps de l'acteur

Au début des répétitions, l'été dernier, les acteurs ont constaté que le rythme et la cadence du spectacle revenaient en eux naturellement. «C'est comme une partition enregistrée dans notre corps. Comme un pianiste qui n'a pas joué de musique depuis 10 ou 15 ans et qui, un matin, se remet au clavier. Ça demeure en lui», compare Danièle Panneton.

Avec le recul, Béchard et Panneton réalisent que les productions d'UBU (Le Coeur à gaz, Merz Opéra...) étaient à contre-courant au début des années 80. «On ne proposait pas de théâtre psychologique, identitaire, ni de la création québécoise, dit Carl Béchard. On optait plutôt pour l'avant-garde européenne du tournant du XXe siècle : Tzara, Schwitters, Jarry... Or, à notre grande surprise, les jeunes des années 80 ont trouvé ça très actuel et très moderne. J'ai hâte de voir comment les jeunes de la génération 2.0, qui écoutent Loco Locass et le spoken word, vont accueillir Oulipo Show...»

Oulipo Show, pour les 30 ans du Théâtre UBU, à l'Espace Go, du 18 octobre au 12 novembre.