Le ballet en deux actes Rodin/Claudel, que signe Peter Quanz pour les Grands Ballets canadiens, s'inspire de l'histoire d'amour entre les sculpteurs Camille Claudel et Auguste Rodin. Le chorégraphe canadien en esquisse avec candeur les grandes étapes, de la rencontre entre les artistes jusqu'à l'internement de Camille Claudel. L'élément dramaturgique le plus intéressant: un groupe de sculptures vivantes.

Stéphanie Brody LA PRESSE

Les concepteurs de Rodin/Claudel ont opté pour une scénographie épurée, donnant ainsi toute la place aux interprètes. Côté cour, l'immense projection d'un mur de carreaux bleutés rappelle l'architecture de 1900 et l'atelier d'artiste. Un long caisson blanc sur roulettes est le seul accessoire permanent; bien exploité, il évoque le piédestal, au sens propre comme au sens figuré, ou sert à déplacer et surtout à isoler certains personnages à des instants cruciaux.

Sur l'immense scène vide, c'est la ligne précise d'un corps ou l'endroit exact où Quanz choisit de placer un personnage par rapport à un autre qui fait du sens, au-delà de la simple trame narrative. Le jeu naturel des danseurs (qu'on aurait tout de même voulu moins retenu) rend ces menus instants très lisibles et surprenants.

Quanz a donné à une douzaine de danseurs des rôles de sculptures, décision qui aurait pu s'avérer cucul. Or, ces êtres couleur d'argile confèrent à Rodin/Claudel la touche de merveilleux qu'il lui faut, sans verser dans l'anthropomorphisme à la Disney. Ces danseurs arrivent d'ailleurs à donner l'illusion de corps faits d'argile, malléables et instables.

Semblables à des choreutes, les sculptures font contrepoint à l'action des hommes. Elles soulignent un mouvement précis, «commentent» une action ou redirigent le regard du spectateur lors de certains revirements dramatiques. Curieusement, on ne voit presque jamais Camille sculpter; ce sont les sculptures vivantes qu'elle pétrit du pouce, pour une fraction de seconde, ou dont elle va placer un bras, au détour.

Ces sculptures vivantes sont les témoins silencieux et empathiques de l'émoi et des déboires de leurs créateurs. Et, oui, il leur arrive de prendre la pause de sculptures célèbres de Camille Claudel ou d'Auguste Rodin: Le baiser, La valse, Le penseur... Mais jamais Quanz n'abuse du procédé. Ce sont au contraire des moments furtifs, étonnants et agréables.

Rodin/Claudel de Peter Quanz. Jusqu'au 29 octobre, à la salle Maisonneuve de la Place des Arts.