Charles Dickens doit se retourner dans sa tombe. Depuis trois ans, une troupe de théâtre de St. Paul, au Minnesota, a présenté une cinquantaine de représentations de son conte Un chant de Noël en klingon. Cette langue imaginaire a été inventée en 1984 par les producteurs du troisième film de Star Trek.

Mathieu Perreault LA PRESSE

«Nous avons eu l'idée de traduire Dickens en klingon en 2006, à une réunion de notre conseil d'administration», explique Christopher Kidder, directeur artistique de la troupe Beauregard, du Minnesota. «L'un de nos administrateurs pensait faire une blague. Nous sommes spécialisés dans l'adaptation de pièces étrangères en anglais. J'ai trouvé qu'au contraire ce serait une excellente idée pour dépoussiérer Un chant de Noël.»

Dans l'adaptation en klingon de M. Kidder, Scrooge ne doit pas apprendre la gentillesse, mais le courage. «La gentillesse n'a aucun sens dans la culture klingon, dit M. Kidder. Nous avons imaginé un Scrooge qui a gâché sa vie parce qu'il refusait de se battre quand il était jeune. Il a notamment perdu la femme de sa vie par lâcheté. Au lieu de l'aider à être gentil, ses ancêtres l'aident à devenir un guerrier courageux.» Les scènes de jeux de mots dans la pièce de Dickens ont ainsi été remplacées par trois batailles entre Klingons.

Le klingon a été inventé pour la troisième adaptation cinématographique de la série télévisée Star Trek. «Les Klingons étaient dans Star Trek depuis les années 60, dit M. Kidder. Au départ, ils symbolisaient la brutalité soviétique. Avec la détente des années 80, puis la fin de la guerre froide, ils sont devenus des exemples de courage et d'héroïsme.»

C'est un linguiste de l'Université de l'Oklahoma qui a inventé le klingon, avec un ensemble de 4000 mots et des règles de grammaire simples. Dans les années 90, des groupes de fans ont notamment créé l'Institut de klingon en Pennsylvanie et le Klingon Action Group, qui a accepté de collaborer avec M. Kidder pour la traduction de la pièce.

Cette année, la pièce est présentée à Chicago, en plus de St. Paul. «Depuis l'an dernier, nous jouons à guichets fermés», indique M. Kidder. Y a-t-il plus d'hommes dans l'assistance que pour les autres pièces de la troupe? «Le célibataire de 40 ans qui vit encore chez sa mère et regarde Star Trek en boucle, c'est un mythe, dit M. Kidder. Quand elle était encore en vie, ma grand-mère ne ratait pas un seul épisode de Star Trek. D'ailleurs, il n'y a pas que des fans de Star Trek qui viennent voir la pièce. Des curieux et même plusieurs de nos habitués forment la moitié du public. Mais c'est certain que plusieurs spectateurs viennent déguisés en Klingons.»