Compagnie de danse torontoise créée en 2000, Red Sky Performance vient pour la première fois à Montréal présenter Tono, dans le cadre des Coups de théâtre. Ode magique au cheval et au shamanisme, Tono est un spectacle de danse et de musique inspiré des traditions mongoles et autochtones.

Éric Clément LA PRESSE

Chorégraphié par Roger Sinha et Sandra Laronde, Tono découle de deux voyages que la directrice artistique et fondatrice de la compagnie Red Sky Performance a faits au cours des dernières années. Le premier a eu lieu en Mongolie en 2007. D'origine amérindienne, Sandra Laronde avait alors assisté au festival traditionnel mongol, le Naadam, qui présente des courses de chevaux montés par de très jeunes cavaliers, de la lutte mongole et du tir à l'arc. Le second voyage était un rêve...

«Je me suis inspirée du Naadam, car je m'intéresse beaucoup aux relations entre le Canada et la Mongolie, les grandes étendues, les premières nations, la culture de la plaine et du cheval, dit-elle. Et puis, j'ai fait un rêve très puissant une nuit. Je donnais naissance à des jumeaux, l'un très fort et intuitif tandis qu'on ne savait pas si l'autre allait survivre. J'ai alors décidé de créer une chorégraphie non pas à propos de leur naissance, mais à partir de leur réalité dans le sac amniotique.»

Partant de l'histoire de deux jumeaux shamans, Tono est surtout un hommage au cheval, cet animal qui fait partie de la vie quotidienne des Mongols depuis quelque 7000 ans.

«J'aime le cheval quand il est en mouvement, quand il galope, quand il danse, dit Sandra Laronde. L'idée de Tono est aussi liée au shamanisme puisque selon une légende amérindienne de Pieds-Noirs albertains (les Niitsitapi), le cheval a été originellement rêvé par un shaman et mis au monde à la suite d'un pacte qui nous engageait à le respecter, à le sublimer, dans sa beauté, sa magnificence, sa grâce, sa patience et son grand coeur, des qualités dont on devrait tous s'inspirer.»

Tono, le titre du spectacle, vient de la clé de voute de la yourte, cette tente circulaire des nomades de Mongolie. Le tono est une roue circulaire située au centre du toit. Du tono partent les perches en bois de mélèze qui forment le toit et sur lesquelles se fixe la toile de feutre faite en laine de mouton. C'est au niveau du tono que s'échappe aussi la fumée du poêle de la yourte.

«Le tono est aussi la sortie vers le monde d'en haut, la partie qui est toujours au-dessus de la tête des nomades mongols, dit Sandra Laronde. Il symbolise l'esprit et la structure de leur vie. Sans le tono, c'est le chaos.»

Créée en 2008, Tono est fait de danses plus contemporaines que traditionnelles dans une atmosphère symbolisant les longues steppes mongoles où les nomades galopent en évitant les terriers de chiens de prairie. Onze artistes danseurs et musiciens jouent et dansent en direct sur la scène. Trois des musiciens sont mongols et impriment à la composition musicale ces chants de gorge typiques du pays de Gengis Khan. Les danseurs sont canadiens sauf deux qui sont de Mongolie-Intérieure (chinoise) et un autre de Chine.

«Il s'agit d'un spectacle très visuel, très émouvant, beau et inspirant, dit Sandra Laronde, originaire de Temagami, en Ontario, non loin du Témiscamingue d'où vient sa mère. Polyglotte, universaliste, Mme Laronde a fondé Red Sky Performance en 2000 pour faire connaître ses racines et celles qu'elle découvre ailleurs dans le monde. Il s'agit de la plus importante, pour ne pas dire la seule, compagnie de danse contemporaine autochtone au Canada.

Depuis 10 ans, 8 spectacles ont été conçus et présentés au Canada, aux États-Unis, en Australie, en Chine et en Islande. Et Red Sky Performance a un projet de spectacle avec des maoris de Nouvelle-Zélande.

Réservé aux spectateurs de plus de 8 ans, Tono a été montré à Pékin, lors de la cérémonie de clôture des Jeux olympique en 2008, puis à Vancouver, lors de l'Olympiade culturelle 2010 et à l'Exposition universelle de Shanghai (au pavillon canadien) en mai dernier.

Tono, de Red Sky Performance (Toronto), au Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts, ce soir, à 19h30, et demain, à 15h.