Accusé de contribuer à l'effondrement des productions culturelles régionales par le président du conseil d'administration des Légendes fantastiques, le ministère du Tourisme dit ne pas comprendre la charge dont il est victime.

Lise Millette LA PRESSE CANADIENNE

Mardi, le responsable du spectacle «AO la légende», présenté à Drummondville, annonçait qu'après 13 ans, il écourtait dès maintenant la saison 2010 et annulait les spectacles à venir en raison d'une faible vente de billets, montrant du doigt médias et gouvernements.

Marc Leduc, gestionnaire responsable du programme d'aide aux festivals et événements au ministère du Tourisme, se dit doublement étonné par la sortie de «AO la légende», puisque des discussions accélérées sont en cours pour l'octroi d'une aide d'urgence.

Cela dit, la réalité régionale explique en partie les difficultés à attirer des investissements privés et l'État ne peut pas non plus tout financer, a estimé Robert Léonard, président du Groupe Merlicom, spécialisé dans les commandites privées. Selon lui, le milieu culturel doit revoir ses approches budgétaires.

Le président du conseil d'administration de «AO la légende», Louis-Philippe Baril, a lancé une salve contre les médias et les gouvernements, arguant que les grands spectacles de Montréal et Québec exerçaient une forme de concurrence déloyale avec leur panoplie d'événements gratuits subventionnés.

Daniel Gélinas, du Festival d'été de Québec, s'inscrit en faux avec cette affirmation. D'abord son festival n'est pas gratuit précise-t-il d'emblée, mais aussi, il a su s'adapter aux tendances et a appris à se renouveler. Il n'hésite pas à dire que chaque organisation devrait faire de même puisque pérénité rime avec créativité.

«Chaque événement, peu importe où il se trouve au Québec a besoin de voir qu'elles sont les tendances dans le monde. Peut-être qu'il y a des cycles aussi. Il faut se poser des questions, je ne crois pas qu'il y a une désaffection de l'État, mais peut-être du public qu'il faut chercher à conserver», a-t-il soutenu.

Pour le président de Merlicom, contrairement au milieu sportif où la commandite de l'industrie est omniprésente, le milieu culturel adopte l'attitude de la main tendue et n'arrive pas à bien se vendre.

«Les grandes institutions sportives utilisent leurs forces commerciales parce que le commanditaire ne cherche pas à faire la charité, mais à obtenir un retour sur l'investissement. Le milieu culturel, à l'exception de certains événements comme les Juste pour Rire et le Jazz, n'a pas su développer de recette pour générer des fonds privés dans une dynamique d'affaires», a insisté M. Léonard.

Il y a environ huit ans, le Festival d'été de Québec a traversé une période financière plus difficile. Des changements ont dû être apportés aux contenus francophones, notamment en raison de la concurrence des FrancoFolies de Montréal.

«Nous étions en perte de vitesse et nous avons dû prendre des décisions d'investissement dans des contenus et cela a fonctionné», a expliqué M. Gélinas, en précisant que le Festival d'été a toujours cherché à se faire moins dépendant du financement public.

Performances touristiques et commanditaires

Le ministère du Tourisme a précisé que 12,5 millions $ sont versés chaque année pour de grands événements et, avec les autres ministères et partenaires régionaux, le montant investit par Québec est de près de 30 millions $.

Avant d'accorder son financement, le ministère du Tourisme évalue, pour chaque cas qui lui est soumis, la valeur du projet et des retombées économiques qui y sont associées.

«L'angle d'analyse est la performance touristique. On reçoit environ 300 demandes par année, nous en aidons environ la moitié, selon la qualité de la programmation, la capacité de rejoindre les touristes et de créer de l'achalandage», a raconté M. Leduc.

«Les Aventures d'un flo» au Saguenay-Lac-Saint-Jean et «AO la légende» font actuellement l'objet de discussions au ministère du Tourisme. Des décisions seraient d'ailleurs imminentes.

«AO la légende»: un dossier qui chemine

En milieu d'après-midi mercredi, le responsable du ministère du Tourisme n'avait pas encore réussi à joindre l'organisation des Légendes fantastiques. Il a également précisé avoir eu pourtant des discussions assez récentes avec le président et lui avoir confirmé que le dossier cheminait de manière intéressante.

«Les dossiers progressent, et si à Drummondville on décide de rebrousser chemin et de ne pas fermer, nous sommes toujours prêts et le dossier n'est pas arrêté, au contraire. Mais si la décision de fermer est irrévocable, nous ne pourrons rien faire», a insisté le gestionnaire.

M. Leduc n'exclut pas la piste que les administrateurs du spectacle de Drummondville aient jugé que l'aide pressentie ne serait pas suffisante pour combler leur déficit. En effet, l'aide d'urgence est souvent de l'ordre de 3 ou 4 pour cent du budget d'exploitation.

«Il faut évidemment convier d'autres partenaires pour être en mesure de répondre aux besoins financiers de ces grands spectacles», a répété M. Leduc rejoignant le président du Groupe Merlicom sur l'idée de capitaliser sur les forces de chaque événement.