Lassé sans doute du personnage qu'il s'était composé dans les années 90, lors de sa tournée du Pavillon des fous, Thomas Fersen a troqué son veston défraîchi pour un costume évoquant le vilain Alex de L'orange mécanique. Hier, à La Tulipe, il a gravi un échelon de plus dans l'échelle de la bizarrerie: il portait une robe de mariée.

Alexandre Vigneault LA PRESSE

Pas qu'une robe blanche, quand même. Histoire de ne pas simplement passer pour une femme à barbe, il arborait aussi un haut-de-forme et une redingote qui avaient du vécu. Comme sur la pochette de son plus récent album, Trois petits tours.

Et comme sur son dernier disque, Thomas Fersen était accompagné sur scène de Fred Fortin. On a surtout vu le musicien originaire du Lac-Saint-Jean tenir la basse, côté cour, mais il a aussi touché la guitare, la batterie et le banjo. Il n'a pas été le seul à jouer à la chaise musicale. Quantité d'instruments sont apparus et disparus tout au long du spectacle: violon, guitares, grosse caisse de fanfare, flûte à bec, mandoline et, bien sûr, ukulélé.

Fersen n'a pas renié les fondements folkloriques de Saint-Jean-du-Doigt ou Je n'ai pas la gale, deux titres qui font mouche à chaque fois, mais a un peu écrasé l'une de ses chansons signature, Monsieur, sous des arrangements inutilement étoffés.

Fersen oscille entre deux pôles depuis 10 ans: le rock de Pièce montée des grand jours et le dépouillement total (pensons à sa tournée ukulélé). Hier, il a donc tenté d'embrasser tout le spectre de sa musique, sans parvenir à créer un tout cohérent. De sa voix encore plus éraillée et plus traînante que d'ordinaire, il enfilait les chansons, passait d'un morceau doté d'un bon groove rock, à un truc presque nu, pour ensuite plonger dans un univers forain déglingué.

Prises séparément, les interprétations étaient souvent de bonne tenue. Du moins au plan strictement musical. C'est le mouvement d'ensemble qui faisait défaut. Fersen a bien fait quelques pas de danse et joué au rockeur quand c'était nécessaire, mais on l'a déjà vu plus allumé, plus jasant et plus joueur. On l'a aussi déjà entendu chanter de manière plus articulée.

N'empêche, La Tulipe l'a applaudi à tout rompre. Surtout après le premier rappel, pendant lequel il venait d'interpréter Monsieur, Pièce montée des grands jours et Pégase, trois incontournables. Il est ensuite revenu pour Dugenou, qui fut marquée par un problème de sonorisation (on n'entendait ni le violon ni le piano et la voix était étouffée) et qui, malheureusement, a un peu torpillé la finale ludique que Fersen fomentait.

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Thomas Fersen se produit de nouveau à La Tulipe, ce soir, à 20 h.