Au départ, l'idée n'était pas mauvaise de jumeler Mozart et Bruckner et, par ailleurs, d'associer le «divin Wolfgang» à un compositeur d'ici. Ces rapprochements auraient pu donner d'heureux résultats. Il n'en est rien. Nous assistons à un non-événement.

Claude Gingras LA PRESSE

Donné exceptionnellement vendredi soir et cet après-midi, ce programme débute avec Mozart. Alain Lefèvre et André Laplante (deux de nos pianistes les plus en vue) s'adjoignent la jeune Michelle Nam pour deux oeuvres concertantes: tout d'abord, en «première mondiale» (sic), des Variations de Jacques Hétu sur le mouvement lent du Concerto K. 467, mouvement popularisé par le film Elvira Madigan; ensuite, le Concerto pour trois pianos K. 242 que Mozart composa pour la comtesse Lodron et ses filles.

 

Le mouvement lent du K. 467, un Andante, dure de six à huit minutes, selon les interprètes. Les Variations de Hétu en font 16. L'orchestre est très gros - il sera réduit de moitié pour le K. 242 - et reprend textuellement le thème original à quelques reprises, mais brièvement. Les trois pianos s'en emparent, le transforment au point de le rendre méconnaissable et, le plus souvent, disparaissent eux-mêmes sous un déluge orchestral digne de Liszt. Le tout se ramène à un exercice gratuit et sans intérêt. Habituellement présent à toutes ses créations, le compositeur n'était pas là vendredi soir. (Au moment de mettre sous presse, nous apprenons que M. Hétu est hospitalisé).

Les trois solistes reprennent leur place pour le K. 242: Lefèvre au premier piano, Laplante au deuxième et, derrière, Nam au troisième. L'exécution se déroule bien, mais une évidente nervosité au sein du trio crée un bref dérapage au finale.

La septième Symphonie de Bruckner totalise 68 minutes après l'entracte. Il est clair que Nagano ne possède pas vraiment la partition. Il l'a grande ouverte devant lui et tourne ses pages en faisant quelques gestes timides en direction des sections. Le résultat équivaut à un peu mieux qu'une première lecture. L'équilibre des groupes fait défaut (cuivres durs et trop présents, cordes trop peu nourries), le discours manque de lyrisme, de chaleur, de relief, de respiration, bref de tout ce qui caractérise cette musique pourtant si belle. Dans l'Adagio, Nagano rétablit le fameux coup de cymbales que Bruckner ajouta par après et que certains chefs préfèrent omettre.

Concert très long, d'une durée de près de deux heures et demie, avec quatre cameramen sur scène. Dans un hommage très tardif, l'OSM dédie ce concert à la mémoire du père Fernand Lindsay. La grande patronne de l'OSM y va même d'un très beau texte.

ORCHESTRE SYMPHONIQUE DE MONTRÉAL. Chef d'orchestre: Kent Nagano. Solistes: Alain Lefèvre, André Laplante et Michelle Nam, pianistes. Vendredi soir, salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts; reprise auj., 14h30. Série «Signature». (Radiodiffusion: Radio-Canada, 25 juin, 20h.)

Programme:

Variations sur un thème de Mozart, pour trois pianos et orchestre, op. 79 (2009) (création) - Hétu Concerto pour trois pianos et orchestre en fa majeur, K. 242 (1776) - Mozart Symphonie no 7, en mi majeur (1881-83) - Bruckner (édition Leopold Nowak, 1954)