Nous appréciions déjà l'atmosphère raffinée, minimaliste et intimiste des jolies chansons de Youth Novel, premier album solo de la jeune Suédoise. Hier soir, nous avons succombé à son charisme. Lykke Li a offert une performance énergique et remplie de promesses, qu'elle a cependant été contrainte d'écourter en raison de problèmes de cordes vocales.

Philippe Renaud, collaboration spéciale LA PRESSE

Après un premier passage plus confidentiel au Club Lambi en mai dernier, Lykke Li a récolté les fruits de l'année 2008 en présentant à guichets fermés son concert au Club Soda. C'était l'endroit où il fallait être en ce mercredi soir frisquet, beaucoup plus chaleureux à l'intérieur, alors que la nouvelle étoile indie pop offrait un épatant tour de chant... qui a malheureusement eu aussi l'allure d'un tour de force.

 

Lykke Li a d'ordinaire une voix affirmée, pleine de personnalité, mais elle n'a pas l'organe d'une cantatrice, pour ainsi dire. Or, en plus, hier soir, sa voix était de toute évidence cassée, pas toujours juste, surtout pas très habile. L'alternance entre sa voix de tête et sa voix de gorge était franchement pénible à écouter. Elle l'a d'ailleurs elle-même admis: «Je chante comme Lil'Wayne!»

Elle en a d'ailleurs rajouté: sur scène, ses trois musiciens - un claviériste-bidouilleur, un batteur, un bassiste-guitariste - ont ensuite imité l'instru du succès A Milli de la star du hip hop américain, et Lykke Li a enchaîné les strophes du poète millionnaire devant le parterre amusé.

Du disque à la scène, il y a tout un pas, que la Suédoise nous a fait faire hier soir. Les chansons prenaient du muscle, un trait d'autant plus souligné que Lykke Li elle-même est une bête de scène, ce que ses précieuses ritournelles ne laissaient pas deviner.

Élégante dans sa robe noire, les cheveux attachés en chignon - on aurait dit une danseuse de tango -, Lykke Li a ouvert son concert avec Dance Dance Dance, un tambourin dans une main, une baguette dans l'autre, et une cymbale tout près qu'elle frappait quand bon lui semblait.

La chanteuse ne semblait pas vouloir se laisser abattre par ses cordes vocales affaiblies: son concert est de toute façon essentiellement physique. La batterie est mise en valeur dans chaque chanson. La grosse caisse résonnait fort entre les murs du Club Soda, comme une invitation à danser sur des chansons qui, originalement, portaient davantage au léger roulement des hanches.

Si ses chansons les plus connues ont déclenché les applaudissements espérés - I'm Good I'm Gone et Little Bit, offerte en début de concert -, c'est sur d'autres titres que Lykke Li a laissé une forte impression. Appuyée par une lourde séquence rythmique, avec une ligne de basse technoïde, Mlle Li s'est lancée dans une interprétation menaçante et gravissime de Complaint Department. Ouh! le regard qu'elle nous a lancé à la fin de cette chanson!

Et peu après sa relecture de Knocked Up (une chanson du groupe rock américain Kings of Leon), ornée d'arrangements minimalistes érigés sur une sourde ligne de basse, la chanteuse, qui s'aidait cette fois d'un mégaphone, a encore démontré que, même si la voix ne suivait pas, la qualité de l'interprétation, ce talent trop rare qui nous fait croire qu'une chanteuse sait incarner les textes de ses chansons, était aussi manifeste qu'irréprochable.

Mais voilà, la voix ne suivait plus, Lykke Li et son orchestre ont coupé court à la soirée, qu'ils ont terminée avec une superbe et touchante version de Tonight. Ils sont revenus au rappel pour interpréter... un classique du groupe hip hop A Tribe Called Quest, Can I Kick It?, clin d'oeil au Walk on a Wild Side de Lou Reed incluse, comme dans l'originale.

Moins d'une heure de bonnes chansons a suffi pour nous convaincre que non seulement nous n'avons pas fini d'entendre parler de Lykke Li, mais que son prochain concert à Montréal aura assurément lieu dans une salle plus grande. D'ici là, prompt rétablissement.