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Un OBNL pour protéger des ateliers d'artistes

Les artistes Jason Cantoro, Jonathan Villeneuve, Dominique Pétrin... (Photo Alain Roberge, La Presse)

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Les artistes Jason Cantoro, Jonathan Villeneuve, Dominique Pétrin et Simon Rivest ont récemment rencontré des élus de la Ville de Montréal pour obtenir leur appui dans la protection des ateliers d'artistes.

Photo Alain Roberge, La Presse

Des dizaines d'artistes visuels de Montréal s'unissent pour créer l'OBNL Nos Ateliers, dont le mandat est de protéger des lieux de création dans des édifices à l'avenir incertain. Ils ont l'appui de plusieurs élus de Projet Montréal et ils demandent d'être un partenaire de développement économique. Portrait de la situation.

En décembre dernier, les artistes établis Jason Cantoro, Dominique Pétrin et Jonathan Villeneuve ont rencontré des élus de trois arrondissements et obtenu leur appui ; parmi eux, la conseillère du district du Vieux-Rosemont Christine Gosselin, responsable de la culture au comité exécutif de la Ville de Montréal.

«Ce sera un dossier prioritaire pour moi en 2019», a confirmé à La Presse Christine Gosselin.

«La volonté des artistes de se regrouper nous aide énormément», dit-elle. 

«On se targue d'être une ville culturelle. Il faut aussi se questionner sur la production artistique et ses conditions de création. Si on veut rayonner à l'international, il faut des locaux pour les artistes.»

«Il faut bien travailler quelque part», lance Simon Rivest, du duo Doyon-Rivest, qui a conçu l'oeuvre du mur-rideau qui s'élève devant le Centre hospitalier de l'Université de Montréal, au centre-ville.

«Heureusement, nous avons l'oreille de la Ville», se réjouit Jason Cantoro, qui vient de réaliser une oeuvre murale sur le Centre interculturel Strathearn.

Vente du 305, rue de Bellechasse

Jason Cantoro a dû déménager son lieu de création quatre fois (de l'édifice Grover au 5445, rue De Gaspé, notamment). Une fois de plus, l'avenir de son atelier est incertain. Il fait aujourd'hui partie des artistes réunis au 305, rue de Bellechasse.

En octobre dernier, de nouveaux propriétaires, Brandon Shiller et Jeremy Kornbluth, ont acquis l'ancienne manufacture de 80 000 pieds carrés. Ce sont les deux hommes qui ont mis la main sur l'édifice où logeait avant le Cagibi, qui a dû déménager dans la Petite Italie en raison de la hausse du loyer (qui a presque doublé).

Pratiquement le jour où Simon Rivest a aménagé son atelier au «305» - après avoir dû quitter son ancien atelier, situé à l'angle des rues Alexandra et De Castelnau -, il a appris la vente de l'immeuble.

Il y a aussi d'autres ateliers menacés dans le quartier Mile-Ex. Notamment ceux de l'OBNL des Ateliers Belleville, à l'angle des rues Beaubien et Waverly, où la société Canderel veut construire un campus d'intelligence artificielle. «Je l'ai appris quand un employé de Canderel est venu cogner à ma porte», dit Jonathan Villeneuve, dont les créations lumineuses embelliront l'hôtel du Parlement et le parc Jean-Drapeau en 2019.

«Nous avons l'oreille des élus impliqués dans la culture, précise Jonathan Villeneuve. Là, il faut convaincre les gens associés au développement économique et ceux associés au pôle d'intelligence artificielle dans le secteur Marconi-Alexandra.»

«On veut les convaincre du fait que nous sommes des partenaires avec qui ils doivent s'asseoir pour que leur projet soit complet.»

L'embourgeoisement

Une entreprise comme Microsoft a décidé de construire un immeuble dans le Mile-Ex parce que le quartier est cool, vibrant et peuplé d'artistes. Or, il doit le rester pour ne pas devenir «aseptisé», selon les artistes. «On crée de la valeur, mais on n'en retire pas», résume Jonathan Villeneuve.

«Le Mile-Ex était abandonné il y a 15 ans», lance Dominique Pétrin, dont l'atelier est au beau milieu du chantier de construction de l'Université de Montréal, à l'angle des rues Beaubien et Durocher.

Dans son édifice oeuvrent des artistes comme Jessica Eaton, Dean Baldwin et Claudine Hubert, de MUTEK. «Nous sommes une communauté d'artistes émergents et établis au rayonnement international», dit Dominique Pétrin, qui a été en lice pour les prestigieux prix Sobey et Louis-Comtois. 

«Les Conseils des arts de Montréal et du Canada nous financent et nous considèrent comme des joueurs importants. Si nous sommes en situation de précarité, il y a quelque chose qui ne marche pas.»

Or, bien des élus passent devant des édifices aux airs délabrés en ignorant qu'il y brille de nombreux artistes. Deux jours après notre entrevue avec Dominique Pétrin, la conseillère d'Outremont Valérie Patreau devait aller visiter son immeuble. «Elle vient voir tout ce qui peut se passer derrière une façade abandonnée.»

Mme Patreau faisait partie de la rencontre que des artistes ont eue avec Christine Gosselin, tout comme le conseiller Richard Ryan, du Plateau-Mont-Royal. Les trois élus font partie de Projet Montréal.

Deux «situations connexes»

La conseillère Christine Gosselin et les artistes de l'OBNL Nos Ateliers veulent trouver des solutions à deux «situations connexes». La pérennisation et la rétention des artistes dans des immeubles privés (déjà existants), ainsi que la planification d'espaces réservés dans des secteurs en développement.

En se regroupant, les artistes de Nos Ateliers souhaitent avoir une voix forte commune et devenir en quelque sorte un partenaire officiel du développement immobilier et économique. «Pour nous, ces projets sont positifs. Mais peut-on être inclus ? On veut demeurer dans des quartiers au coeur de l'action», dit Dominique Pétrin.

«Notre approche est inclusive et positive. Nous ne sommes pas contre le développement économique. Et on comprend que des propriétaires veuillent du rendement», explique l'artiste Jason Cantoro.

Quand un promoteur ou autre veut parler «aux artistes», il y a maintenant une porte officielle à laquelle cogner. «Maintenant, nous sommes un groupe organisé, dit Jason Cantoro. On ne veut pas chialer, mais agir», insiste-t-il.

À l'image de la «politique du 1 %» (soit le pourcentage réservé à une oeuvre d'art dans le budget d'un nouvel édifice public), pourquoi un nouveau complexe de jeux vidéo ou d'entreprises dites créatives ne devrait-il pas inclure obligatoirement des lieux réservés à des pratiques artistiques?

«Surtout que les développeurs ont des fonds de mécénat», fait valoir Jonathan Villeneuve.

La prochaine étape?

Les quatre artistes réunis par La Presse sont optimistes pour l'avenir. Ils se savent entendus au comité exécutif de la Ville.

«Les artistes nous ont demandé si on pouvait mettre en place des outils pour les aider, indique la conseillère Christine Gosselin. Il faut instiguer plein de possibilités et analyser nos outils réglementaires», dit la responsable de la culture au comité exécutif.

Les édifices où logent les ateliers d'artistes sont zonés «industrie légère». «Lors d'une transaction, si le propriétaire ne demande rien à la Ville, nous n'avons aucune prise», explique Christine Gosselin.

C'est quand un projet déroge à la réglementation - avec un changement de zonage, par exemple - que la Ville peut avoir des exigences.

Une chose est certaine: «il y a urgence», dit-elle.

L'artiste Jason Cantoro au travail... (Photo Edouard Plante-Fréchette, La Presse) - image 2.0

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L'artiste Jason Cantoro au travail

Photo Edouard Plante-Fréchette, La Presse

GARDER LES ARTISTES AU COEUR DE L'ACTION

En plus du nouvel OBNL Nos Ateliers, un autre organisme à but non lucratif, Ateliers créatifs Montréal, travaille à créer et à protéger des lieux de pratiques artistiques.

«Ils sont nos alliés pour développer de nouveaux modèles», dit Jason Cantoro, l'un des instigateurs de Nos Ateliers.

«Nous avons été créés en 2007, exactement dans le même contexte d'édifices menacés comme le Cadbury ou celui sur Bellechasse, indique Gilles Renaud, directeur d'Ateliers créatifs Montréal. À l'époque, c'était pour l'édifice de la Grover sur la rue Parthenais.»

Ateliers créatifs Montréal sécurise des lieux de création à long terme pour qu'ils demeurent abordables. Cela se fait de plusieurs façons. L'OBNL possède certains immeubles ou en est le locataire à très long terme, dont Le Chat des artistes dans le quartier Centre-Sud, le Sainte-Catherine dans Hochelaga-Maisonneuve et le Bovril, à l'angle de l'avenue du Parc et de l'avenue Van Horne.

«On peut aussi faire de la gestion immobilière pour un propriétaire comme on le fait pour Pied Carré», indique Gilles Renaud, directeur d'Ateliers créatifs Montréal.

Tout dépend des conditions propices à la faisabilité d'un projet.

Dans le cas de Pied Carré - le fameux édifice du Mile End situé au 5445, rue De Gaspé - Ateliers créatifs Montréal fait de la gestion immobilière pour les artistes qui ont créé une OBNL quand ils ont été menacés d'éviction après une transaction immobilière.

Le regroupement a eu une subvention pour rénover le bâtiment en 2013. Il a aussi signé un bail d'une durée de 30 ans. Or, par la suite, les taxes municipales de l'immeuble ont augmenté et la facture a été refilée aux artistes et aux autres locataires.

«Il y a eu des effets secondaires négatifs», dit Gilles Renaud. Le coût des taxes foncières au pied carré est passé de 1,25 $ à plus de 5 $.

Des «centres-villes périphériques»

Les services ou modèles d'affaires d'Ateliers créatifs Montréal ne conviennent pas nécessairement à tous les artistes. Il faut notamment être en mesure de louer un atelier à plus long terme, ce qui est difficile pour des artistes dans des situations plus précaires.

C'est pourquoi les missions des deux OBNL Nos Ateliers et Ateliers créatifs sont complémentaires.

«Il faut représenter une mixité d'artistes et la relève. Avec de grands espaces qu'on peut salir et où on peut faire du bruit», pense l'artiste Jason Cantoro.

Gilles Renaud cite des exemples «de bonnes pratiques» à Toronto et à Londres, où des organismes protègent des lieux artistiques près du centre-ville.

Le but: éviter de faire croître des quartiers trop rapidement, comme celui de Griffintown.

En 2018, il est cool et abordable pour une entreprise de s'établir dans certains quartiers comme le Mile-Ex et le Mile End. «C'est comme si on développait des centres-villes périphériques.»

D'où l'importance «de ne pas réagir à une crise, mais de travailler en amont». «Le politique a généralement peur de se mettre à dos les promoteurs, mais Projet Montréal est sensible à cela», souligne Gilles Renaud, qui espère aussi que le Fonds des ateliers d'artistes de la Ville de Montréal sera «reconduit» dans le cadre de Montréal Métropole culturelle.

Autre point positif, le fait que Montréal se démarque d'autres villes avec ses multiples initiatives d'art public. «Les arts visuels sont associés à une pratique solitaire, mais c'est en train de changer», dit Gilles Renaud.

Supernova de Dominique Pétrin... (Photo tirée du site de Dominique Pétrin) - image 3.0

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Supernova de Dominique Pétrin

Photo tirée du site de Dominique Pétrin

ARTISTES RENOMMÉS, ATELIERS MENACÉS

Plus que jamais, les créations des artistes visuels de Montréal brillent dans l'espace public. Elles embellissent Montréal et le font rayonner à l'étranger aux yeux des touristes. Voici des réalisations marquantes de Jason Cantoro, Jonathan Villeneuve, Dominique Pétrin et Simon Rivest, quatre artistes renommés et établis, dont la pérennité de l'atelier est pourtant menacée.

Dominique Pétrin

- Finaliste aux prix Sobey (2014) et Louis-Comtois (2017)

- Chambre no 4 de l'hôtel Walled Off de Banksy, en Palestine

- L'oeuvre Supernova, qui embellit la station de métro Beaudry

- L'oeuvre Pallazo II, qui orne le bar Les Katacombes

- Le clip Nos joies répétitives de Pierre Lapointe

- Collaboration avec Sophie Calle

Jason Cantoro

- Le monde intérieur, oeuvre murale sur le centre interculturel Strathearn

- Cinq temps pour McLaren, oeuvre murale à l'angle du boulevard Saint-Laurent et de la rue Bernard

- Des oeuvres dans plusieurs collections d'entreprises (Colart Collection, Ubisoft, Ivanhoé Cambridge, Cirque du Soleil, Aldo)

- Série The Paper Trail, conçue lors d'une résidence à Belgrade

- Couverture du livre Griffintown de Marie Hélène Poitras

Jonathan Villeneuve

- Loop, installation participative luminocinétique et sonore sur la place des Festivals

- Le grand bleu du Nord, l'oeuvre lumineuse du hall d'entrée du Centre Vidéotron.

- OEuvre Lux Obscura, rue Émery à Montréal

- Utopie, installation interactive à venir au parc Jean-Drapeau en 2019

- Le spectre des lumières, installation interactive à venir à l'hôtel du Parlement de Québec

Simon Rivest

Au sein du duo Doyon-Rivest:

- La vie en montagne, mur-rideau du Centre hospitalier de l'Université de Montréal

- Installation de cinéparc pour le festival du Carrefour international de théâtre à Québec

Avec le studio Ping Pong Ping:

- Création et design du coffret de neuf vinyles de Pierre Lapointe

- Design et illustration pour les produits dérivés de l'album Everything Now d'Arcade Fire et de la tournée Infinite Content

Immeubles ou pôles créatifs où les ateliers sont menacés

- 305, rue de Bellechasse

- Usine Cadbury, intersection de la rue Masson et de l'avenue De Lorimier

- Immeuble à l'angle des rues Beaubien et Durocher

- Ateliers Belleville, angle Waverly et Beaubien

- Ateliers Capitol, au 5795, rue De Gaspé




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