Le regroupement des créateurs du Mile End, Pied carré, réclame de la Ville de Montréal et du ministère de la Culture des solutions pour lutter contre la précarisation des lieux de travail à vocation artistique et culturelle dans ce secteur où l'on recense près de 450 000 pi2 occupés par plus de 800 artistes.

Stéphanie Vallet LA PRESSE

C'est symboliquement au 5455, avenue de Gaspé, immeuble où l'on retrouve 30% d'artistes et de travailleurs culturels, qu'une rencontre de presse s'est tenue hier. L'immeuble a été acheté au coût de 8 millions en 2008 et racheté pour 37,8 millions en juin dernier par le fonds de placement Allied Properties.

Certains locataires devront en effet déménager au cours des mois à venir, leur bail n'étant pas reconduit ou leur loyer étant devenu trop élevé, comme c'est le cas des Rencontres internationales du documentaire.

«On négocie pour rester encore trois mois. Le propriétaire veut commencer des travaux au plus tard à la fin janvier. On n'a pas le choix de regarder ailleurs dans le quartier. Ce n'est pas un moment très propice, étant donné qu'on sera en plein festival dans moins de deux semaines. Allied nous a proposé d'autres propriétés, mais c'est deux fois ce qu'on paie actuellement», a expliqué la directrice générale des RIDM, Roxanne Sayegh.

Artiste locataire au 5455, de Gaspé et président du conseil d'administration de Pied carré, Pierre Przysiezniak en est à son quatrième déménagement.

«Je ne compte plus le nombre d'ateliers que j'ai bâtis. Chaque fois, c'est de plus en plus court, et de plus en plus cavalier comme demande de quitter les lieux. J'ai un atelier qui fait 800pi2 et cet immeuble est un peu le symbole de ce qui est possible. Dans toutes les occupations que j'ai faites auparavant, je n'ai jamais vu la densité d'artistes qu'on a ici et leur intense collaboration, qui ajoute à la qualité de vie et de création», précise-t-il.

Parmi les solutions définies par l'organisme Culture Montréal en 2010 figure la création d'un fonds de démarrage de projets d'ateliers d'artistes et la création d'un système de zonage culturel, réservant certains bâtiments à la création de projets collectifs. «Dans le temps, les églises étaient dispensées de taxation et on leur offrait les meilleurs lots. Il serait temps, dans notre transition vers la modernité, de faire ça pour nos artistes», explique Amir Khadir, député de Mercier.

Le conseiller de l'arrondissement Plateau-Mont-Royal, Richard Ryan, pense qu'il est nécessaire de trouver rapidement un terrain d'entente avec le propriétaire.