Le projet d’un espace entièrement consacré à la chanson québécoise est actuellement porté par Monique Giroux et Luc Plamondon. Tout indique que la très convoitée bibliothèque Saint-Sulpice pourrait en devenir l’écrin.

Mario Girard Mario Girard
La Presse

Quand Monique Giroux a une idée dans la tête, elle ne l’a pas dans les bottines. Depuis près de 20 ans, l’animatrice d’ICI Musique nourrit le rêve de créer un lieu qui serait un refuge pour notre chanson.

Cet endroit qu’elle a imaginé des milliers de fois raconterait l’histoire de cet art, mais le ferait également vivre.

Ce projet fou et démesuré, Monique Giroux en parlait à des proches de temps à autre. Puis, un jour, il y a trois ans, lors d’un repas avec Luc Plamondon, ce dernier lui a confié qu’il aimerait mettre sur pied… une « maison de la chanson ». Monique Giroux a failli s’étouffer avec sa bavette de bœuf en écoutant celui qui est devenu un allié de taille dans cette aventure.

« Le lendemain, je revoyais Luc et je lui montrais les détails de mon projet tel que je le voyais », m’a-t-elle confié lors d’un entretien.

Plusieurs mois plus tard, le concept de cette Maison de la chanson et de la musique (MCM) franchit une étape cruciale. La philosophie du lieu est arrêtée, des rencontres déterminantes et encourageantes avec des autorités ont eu lieu, un plan de faisabilité a été établi. Quant à Monique Giroux, elle est prête à foncer.

C’est la Caserne de Robert Lepage qui m’a donné cette idée. Je me suis dit : pourquoi ne pas faire quelque chose comme ça pour la chanson ? C’était la fin des Cabarets des refrains et je voyais la joie du public d’assister à de l’inédit et celle des artistes de travailler ensemble.

Monique Giroux

Le mandat de la MCM est varié. Le lieu offrirait des présentations multimédias et interactives, des découvertes musicales, des expositions, permettrait la conservation de trésors d’archives provenant d’artistes et de créateurs, favoriserait la création, des rencontres, des spectacles, des résidences d’artistes, des classes de maître, de même que des ateliers scolaires ou d’affaires.

Pour accueillir tout cela, l’endroit devra contenir des espaces d’exposition pour présenter les collections permanentes et des expositions temporaires, une salle de spectacle multifonctionnelle, un centre de documentation, une salle de répétition, ainsi que des espaces pour héberger les bureaux d’organismes en lien avec la chanson et la musique.

Il n’y a pas à dire, le projet est doté d’une vision très claire.

PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE

Luc Plamondon

Grâce au mécénat de Luc Plamondon (président d’honneur de ce projet), un plan de faisabilité a été conçu par la firme Raymond Chabot Grant Thornton. Un conseil d’administration, présidé par Monique Giroux, a été formé.

Il rassemble Marie-Christine Champagne (La Tribu), Claude A. Garneau (Autrement communications), Nathalie Gélinas (immersifTKNL créateurs d’expériences), Patrick Goodwin (conseiller en architecture), Martin Hudon (Orchestre Métropolitain), Zénaïde Lussier (avocate en droit du divertissement), Charles Nantel (CRI Agence), Michel Robitaille (Centre de la francophonie des Amériques) et Ines Talbi (artiste).

Monique Giroux et Luc Plamondon ont eu des rencontres avec le ministère de la Culture (le plan de faisabilité lui a été présenté en mars 2020) et avec la mairesse de Montréal, Valérie Plante.

Des visées sur la bibliothèque Saint-Sulpice

Monique Giroux ne s’en cache pas, elle a des visées sur l’ancienne bibliothèque Saint-Sulpice, un lieu hautement convoité depuis quelques mois. On sait que le projet d’y installer la Fondation Riopelle est dans l’air. Le Parti québécois propose d’y créer un Musée de l’histoire du Québec. Quant à Québec solidaire, on a appris la semaine dernière qu’il aimerait que l’endroit devienne un « repère » de la littérature québécoise.

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PHOTO OLIVIER PONTBRIAND, ARCHIVES LA PRESSE

La façade de l’ancienne bibliothèque Saint-Sulpice, vacante depuis 2005

On est allés voir le Centre d’histoire de Montréal, dans le Vieux-Montréal, le Cinéma Impérial et d’autres lieux. Mais quand on a appris que le projet de Fab Lab ne se ferait finalement pas à la bibliothèque Saint-Sulpice, on s’est remis à rêver.

Monique Giroux

Monique Giroux a eu l’occasion de parler de son désir d’occuper ce joyau patrimonial qui trône dans la rue Saint-Denis, en plein cœur du Quartier des spectacles, à Jean-Louis Roy, président-directeur général de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ), responsable de la bibliothèque Saint-Sulpice.

« On lui a aussi proposé un véritable partenariat, dit-elle. Nous pouvons procurer de la vie à ce lieu. Il est en faveur de cela. C’est formidable qu’on puisse avoir son appui. Le ministère de la Culture est très favorable également. Nous devons maintenant franchir la seconde étape du plan de faisabilité. »

Garder notre chanson au chaud

Voyant nos artistes avancer en âge, Monique Giroux a le souci de la postérité de la chanson québécoise. « Je me suis souvent dit : qu’est-ce qui va arriver du manuscrit original de Quand les hommes vivront d’amour lorsque Raymond Lévesque disparaîtra ? Bien voilà, c’est arrivé. Raymond n’est plus là. Le temps est venu de rassembler les forces. »

Pour Monique Giroux, le projet de cette « ruche de création » qui « gardera la chanson au chaud et à l’abri des intempéries » est le point de convergence d’une carrière qui dure depuis 30 ans et qui est entièrement consacrée à cet art que Gainsbourg qualifiait avec tout le sens de la provocation dont il était capable de… mineur.

J’ai l’envie de protéger la chanson du passé, mais aussi celle du présent, donc du futur.

Monique Giroux

« J’ai aussi en tête de protéger la langue française et la si grande accessibilité de cette forme d’art. Tout le monde a accès à la chanson. C’est souvent la première chose qu’on entend quand on vient au monde et c’est souvent la dernière chose qu’on entend quand on meurt », continue-t-elle.

Quand on connaît la détermination de Monique Giroux et, surtout, l’incroyable passion qui a toujours accompagné tout ce qu’elle a fait pour la chanson d’expression française, il y a lieu de croire que ce projet réglé comme du papier à musique a toutes les chances du monde d’être réalisé.

Dans la brochure résumant le projet de Maison de la chanson et de la musique, il y a cette jolie phrase de Félix Leclerc : « Il y a des maisons où les chansons aiment entrer. » Ça donne déjà envie de pousser la porte.