(Paris) « Il faut aller jouer en Iran, en Corée du Nord » : le pionnier français des musiques électroniques Jean-Michel Jarre a défendu jeudi à Paris la dimension politique de la culture, capable d’« abattre les murs ».

Agence France-Presse

« Je suis foncièrement contre toute forme de boycottage. Je pense que demain, il faut aller jouer en Iran, en Corée du Nord », a lancé le musicien de 71 ans lors du Festival MaMA, rendez-vous mêlant concerts et conventions sur l’industrie musicale.

Et Jarre de fustiger une « attitude arrogante qu’on a en France » : « On se trompe de combat et on fait une sorte de fondamentalisme à l’envers. Ce qu’on oublie, c’est que ces gens n’ont pas les mêmes libertés que les nôtres, et que si en plus on les prive de culture, c’est la double peine », a-t-il plaidé, en revenant sur certaines critiques ayant accompagné le concert qu’il avait donné en Arabie saoudite en septembre 2018.

« La culture est le véhicule le plus fort pour se rapprocher des gens privés de libertés individuelles », a-t-il estimé, défendant aussi la création artistique comme « une sorte de cheval de Troie pour entrer dans ces pays-là et essayer de changer les choses ».

Le DJ et producteur américain Jeff Mills, autre grand pionnier de la scène électronique, regrettait en juillet que les gens préfèrent désormais une techno « facile, un peu “bubblegum” plutôt que celle plus profonde, avec un message. » Selon lui, « la techno était à portée plus politique avant. »

Jean-Michel Jarre, qui avait enregistré en 2016 un morceau avec le lanceur d’alerte américain Edward Snowden, « un héros moderne parce qu’il nous a ouvert les yeux sur le fait qu’on est espionnés, piratés pour des raisons économiques ou politiques », estime au contraire que la musique électronique peut encore, à sa manière, parler de politique.

« C’est vraiment important de pouvoir faire passer ce genre de messages à travers nos créations de manière émotionnelle et pas uniquement intellectuelle », tranche le musicien français.