Quatre ans après Love Songs for Robots et après un tumulte personnel qui lui a littéralement fait perdre une partie de sa voix, Patrick Watson sera de retour vendredi avec un sixième album, Wave, un disque « humble » et introspectif qui s’inscrit parfaitement dans son œuvre lyrique et envoûtante.

Josée Lapointe Josée Lapointe
La Presse

C’est l’événement de l’automne musical, et Patrick Watson se dit touché de voir les gens si heureux de son retour. « Mais je ne les crois pas ! », dit-il dans un éclat de rire, admettant qu’être précédé d’une longue carrière et de plusieurs albums n’est pas qu’un avantage.

« C’est stressant parce qu’on veut toujours être à notre meilleur, tout le temps, dit le chanteur qui vient tout juste d’avoir 40 ans. En même temps, j’ai travaillé si fort que je n’ai pas eu le temps de penser à autre chose. J’ai fait ce que j’ai pu, la suite ne m’appartient plus ! »

L’auteur-compositeur-interprète nous reçoit dans son studio du boulevard Saint-Laurent. Souriant, mais un peu nerveux, bavard et intense. Il ne se défile devant aucune question, même les plus personnelles. C’est que Wave est un album extrêmement intime et « axé sur les paroles », plus que tous ses précédents.

Ce sont les textes qui sont venus en premier et ils prennent toute la place.

Patrick Watson

Le chanteur estime ne pas avoir écrit un album triste ou mélancolique, mais plutôt « tranquille et introspectif ». Et cela, même s’il arrive après une période particulièrement difficile dans sa vie.

« Wave, c’est ce moment où tu te fais prendre par une grosse vague », dit Patrick Watson, à propos du titre de l’album, qui ne traite pas tant de la fameuse vague que de ce moment où on décide de se laisser porter par le courant, ajoute-t-il.

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« Au lieu de se battre, de paniquer et de perdre son énergie, c’est mieux de laisser aller. Alors tout se place, et ça devient un moment assez agréable. Ce n’est pas triste, ce n’est pas drôle, c’est plutôt un grand soulagement. C’est ça, l’album, c’est l’idée de savoir où on est vraiment, où on veut être, et d’apprécier cela. »

Se réajuster

Deuil de sa mère, séparation d’avec sa compagne de longue date et mère de ses enfants, de nombreux changements l’ont obligé à « rediriger les choses », raconte Patrick Watson. Il s’estime aujourd’hui chanceux que sa vie se soit écroulée.

« C’est dur, vieillir. Et c’est facile de le faire en restant pris dans un système qui a toujours fonctionné pour nous, mais qui ne représente plus aucun défi. C’est la meilleure chose qui pouvait m’arriver, car ça m’a donné du temps pour me réajuster. Ce que j’avais déjà l’intention de faire. »

Au cœur de la tempête, par contre, il a bien pensé qu’il ne passerait pas au travers.

Tout ce que je savais, c’est que j’étais perdu et brisé.

Patrick Watson

Au point où il en a perdu une partie de sa voix.

« Pendant trois ans, je n’ai pas été capable de chanter les notes hautes. » Ce qui explique que Wave soit dans un registre un peu plus bas, et pourquoi chaque mot de l’album ait été si « crucial, plus que n’importe quelle note acrobatique que tu peux atteindre ».

Un matin, Patrick Watson s’est levé et il allait mieux. Par contre, pendant toute cette période, il n’a jamais cessé de faire de la musique. « Je m’en sers depuis je suis enfant pour m’équilibrer », relate-t-il. D’ailleurs, si l’esprit de sa mère est présent sur l’album, il se trouve dans cette liberté qu’elle lui a toujours donnée de jouer du piano autant qu’il voulait et d’être « aussi fou » qu’il en avait envie.

Texture

Wave est composé de 10 pièces, dont deux qui sont déjà sorties au cours des dernières années (Broken en 2017, sûrement la chanson la plus ouvertement déchirante du lot, et Melody Noir en 2018).

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« Je ne savais pas si je ferais un album à ce moment-là. J’avais des chansons, j’ai décidé de les lancer. Je suis pris entre deux eaux : les gens n’ont pas besoin d’album, mais l’industrie, oui. Mais j’aurais aussi bien pu faire trois minialbums à la place. »

Si son ambiance envoûtante et onirique est cohérente, c’est donc un accident. « Il s’est passé quatre ans entre la première et la dernière chanson », dit-il, précisant qu’il voulait rester dans la simplicité tout en n’étant « pas trop propre ». « C’est ennuyant sinon. »

Chaque chanson a donc sa propre texture, et le musicien a travaillé chacune d’elles en étroite collaboration avec son groupe : Evan Tighe à la batterie, qui remplace Robbie Kuster, une autre séparation difficile – « Un band, c’est comme une relation amoureuse. Parfois, même si vous vous aimez et que vous vous respectez, c’est mieux de se laisser » –, Joe Grass à la guitare et Mishka Stein à la basse.

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« Les albums les plus réussis sont faits avec les musiciens les plus sensibles, croit Patrick Watson. La musique est une manière tellement intime de s’exprimer ! Mishka, personne ne joue de la basse comme lui. Evan est un batteur incroyable. Joe est un guitariste hyper versatile. Nous avons beaucoup réfléchi ensemble le son, les lignes mélodiques. Tout le monde était important. »

Long terme

Patrick Watson s’apprête à reprendre la route avec son groupe, dans une mégatournée qui le mènera au Québec, au Canada, aux États-Unis et en Europe.

« C’est vrai que c’est un gros défi. Je me prépare, mais, pour moi, c’est plus une question d’équilibre », dit le chanteur, qui voit comme un « privilège » de jouer partout dans le monde.

La musique que je fais se découvre une personne à la fois. Je n’ai jamais fait de grands bonds, ç’a été une construction lente et constante. J’ai laissé les chansons grandir.

Patrick Watson

Et aujourd’hui, qu’il soit à Mexico ou dans le quartier Villeray, à Montréal, comme c’est arrivé la semaine dernière, il peut annoncer un spectacle-surprise dans la rue et attirer en une heure des centaines de personnes.

PHOTO OLIVIER JEAN, ARCHIVES LA PRESSE

Patrick Watson a offert un spectacle-surprise sur le parvis de l’église Sainte-Cécile, dans Villeray, le 7 octobre dernier.

Il souhaite à son nouvel album de s’insinuer de la même manière dans l’esprit des auditeurs. « Comme l’album de Talk Talk, Spirit of Eden. J’aimerais qu’il fasse partie de la vie des gens », dit-il, estimant que Wave « n’a rien de hype ».

« Il y a plein d’albums qu’on écoute sur le moment et qu’on fait oh ! mon Dieu, c’est incroyable, puis ensuite, plus personne ne les écoute ! C’est un album humble, et j’espère que les gens l’apprécieront sur le long terme. Je veux juste que les gens l’écoutent. »

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IMAGE FOURNIE PAR SECRET CITY RECORDS

Wave, de Patrick Watson

Folk-rock. Wave. Patrick Watson. Secret City Records. Offert vendredi.