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Magaly Solier, le quechua au poing

Magaly Solier dans une scène du film Amador... (Photo: fournie par le Cinéma du Parc)

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Magaly Solier dans une scène du film Amador de Fernando Leone de Aranoa.

Photo: fournie par le Cinéma du Parc

Marie Sanz
Agence France-Presse
Lima

Magaly Solier a foulé le tapis rouge des plus grands festivals de cinéma et croule sous les prix d'interprétation mais l'actrice la plus célébre du Pérou se voit moins en star qu'en «guerrière», avec pour arme le quechua, la langue des Incas, qu'elle accroche à ses chansons.

«Avant le cinéma, il y a eu la musique», confie à l'AFP cette jeune femme de 27 ans d'origine indigène qui est aussi auteur-compositeur de talent et chante quasi exclusivement en quechua, sa langue maternelle.

«Dans mon enfance, je chantais pour aider mes parents, je participais à des concours où on pouvait gagner du riz, du sucre, et mémorisais les chansons que j'entendais à la radio».

«En quechua, j'exprime tout ce que je sens, je parle mieux le quechua que l'espagnol, je l'ai toujours parlé avec mes amis, ma famille dans la Sierra» andine, dit-elle.

Voix douce, traits délicats, mais regard farouche, l'actrice-chanteuse s'est donné pour mission de promouvoir sa langue maternelle et la chante selon les rythmes traditionnels andins qui évoquent la nature, la vie des champs, l'amour.

Son premier album Warmi (Femme) a connu un grand succès au Pérou et elle en prépare un deuxième, qu'elle peaufine dans une série de concerts à Lima où elle chante à guichets fermés.

«J'aime les défis, je suis une guerrière», sourit-elle, «ces concerts aident les gens à changer leur manière d'apprécier la musique andine et surtout le quechua, cette langue si douce que trop souvent ici les gens n'apprécient pas, ne tolèrent pas».

Sa crainte, avoue-t-elle, est que le «quechua disparaisse un jour, il faut l'enseigner dans les écoles, les universités».

Langue précolombienne, le quechua s'est imposé comme la langue de l'empire Inca et avec près de 10 millions de locuteurs est aujourd'hui la langue indigène la plus parlée d'Amérique.

Langue officielle du Pérou, le quechua se révèle pourtant un handicap social reconnait l'actrice. «Lorsque je suis arrivée à Lima, à 17 ans, on m'a recommandé de ne pas parler quechua pour ne pas être victime de discrimination; les gens ont honte de le parler par crainte du racisme, ces choses me choquent profondément», dit-elle.

«Le quechua est une langue très poétique, très imagée, où les injures n'existent pas comme en espagnol», remarque-t-elle.

C'est dans cette langue qu'elle a choisi de chanter à Berlin, lorsque le film qui l'a fait connaître mondialement, Fausta, de la péruvienne Claudia Llosa, a décroché l'Ours d'or en 2009 et où elle interprète ses propres compositions.

Magaly Solier est née en 1986 dans une famille de petits paysans de Huanta, près d'Ayacucho, une des régions les plus pauvres de la Cordillère, berceau du mouvement maoïste Sentier Lumineux qui a lancé une guérilla ayant dégénéré en un conflit ayant fait 70 000 morts.

Sa famille a payé un lourd tribut à ces années de plomb: «Ma grand-mère a été égorgée par le Sentier Lumineux, mes oncles ont été tués», se souvient-elle.

Repérée alors qu'elle vendait des friandises sur les marches d'une église d'Ayacucho pour son premier long métrage, Madeinusa, Magaly Solier a tourné à ce jour 14 films, dont 10 en Europe.

Elle se déclare «préoccupée pour la condition des femmes au Pérou». «Dans les Andes, dit-elle, la violence contre les femmes est terrible, elles sont battues à la maison, harcelées dans la rue, à l'école».

«Quand j'étais plus jeune, j'ai voulu entrer dans la police pour apprendre à me défendre, pour mettre au pas tous ces garçons, ces hommes qui abusent sexuellement des femmes», raconte-t-elle.

L'actrice a elle-même été molestée récemment dans un autobus de la capitale péruvienne, rejoignant les sinistres statistiques de Lima, où 9 femmes sur 10 sont victimes de harcèlement sexuel, selon les organisations féministes.

L'affaire, qui a fait grand bruit et causé l'indignation, a amené le Congrès péruvien à exiger des sanctions plus sévères contre les agresseurs de femmes.




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