Catherine Major a tourné le dos à la musique classique pour se lancer dans la chanson. Mais le passé ne se laisse pas renier aussi facilement, comme en témoignent les orchestrations de cordes et de cuivres qui habitent le très dense troisième album de la chanteuse.

Alexandre Vigneault LA PRESSE

Ces jours-ci, alors que ses chansons nouvelles surgissent sur les ondes, Catherine Major explore un tout autre territoire du vaste monde de la musique: elle monte l'une des quatre ballades que Chopin a écrites il y a plus de 150 ans. «Je retombe dans le classique en ce moment», dit-elle

Catherine Major a une solide formation musicale: piano classique du secondaire à l'université, où elle a aussi tâté du jazz. Puis, elle en a eu marre de jouer dans le moule. C'est dans la chanson qu'elle s'est trouvé un espace de liberté. Et de créativité.

Le virage n'a pas tardé à porter ses fruits: en 2002, elle s'est illustrée à Petite-Vallée; en 2004, son album Par-dessus bord lui a valu un Coup de coeur de l'Académie Charles Cros; en 2008, elle a remporté le prix Félix-Leclerc. Sacrée feuille de route pour une chanteuse qui vient à peine de franchir le cap de la trentaine.

Territoire dense

Le désert des solitudes, qui paraît mardi, ne sonne pas comme une fausse note dans son parcours. Partant de son disque précédent, l'excellent Rose sang, on trace sans peine des pointillés vers celui-ci: envies de musiques latines (Tape dans le dos), un peu de cuivres (Un blanc sur ma mémoire) et un attachement évident à la tradition française.

Différence majeure, toutefois: au relatif dépouillement de Rose sang, ce troisième disque oppose des textes et des arrangements particulièrement denses où les cordes (frottées, surtout, mais parfois pincées) jouent un rôle de premier plan. Sa formation classique l'aurait-elle rattrapée?

«Elle va me rattraper de plus en plus, croit la musicienne. La musique classique m'a construite et m'a menée à ce que je sais faire aujourd'hui. C'est ma base.» Un retour «instinctif», dit-elle, qui s'est imposé après avoir composé la musique du dernier film de Micheline Lanctôt, Pour l'amour de Dieu.

«J'ai eu un coup de foudre pour le quatuor à cordes et ce qu'il pouvait apporter», avoue-t-elle. La moitié des chansons sont soutenues par des arrangements de cordes écrits par elle ou avec le réalisateur Alex McMahon, qui était aussi aux commandes de son disque précédent.

«Alex aime ce que je fais, il me le montre et ça me donne confiance, dit la chanteuse, à propos de cette deuxième collaboration. Il a aussi des qualités de musicien que je n'ai pas et qui me font avancer: un sens du groove, un swing et une vision globale et architecturale des chansons.»

Tempêtes intérieures

La densité des musiques du Désert des solitudes trouve écho dans des textes poétiques sensiblement plus touffus que ceux de Rose sang. Qu'elles aient été écrites par Catherine Major, par Moran (son amoureux), par Jacinthe Dompierre (sa mère) ou Christian Mistral (un ami), les chansons sont toutes façonnées dans une langue belle et ouverte sur des émotions vertigineuses.

Ce désert-là est peuplé de tempêtes intérieures, d'êtres étrangers à eux-mêmes, d'âmes esseulées, bien sûr, mais aussi d'envies fortes de s'ériger en rempart de tendresse contre la brutalité du monde. Intense, dans la forme comme dans le propos. «Ça me ressemble, ce sont les choses qui me donnent envie de faire des chansons, admet la chanteuse. Je pense que la chanson, pour moi, est en général une manière de me faire du bien. À travers la musique, d'abord, et ensuite avec des textes que je vis.»

Chanson

Catherine Major

Le Désert des solitudes

Spectra

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