Lily Allen s'est fait un nom avec son ton frondeur. La jeune femme, au bout du fil lundi dernier, semblait toutefois avoir épuisé son ironie. Dix minutes, top chrono, avec la petite peste derrière It's Not Me, It's You.

Mis à jour le 14 févr. 2009
Alexandre Vigneault LA PRESSE

Inutile de finasser, si on aime Lily Allen, c'est parce qu'elle n'a pas la langue dans sa poche. Elle se moque des règles de bienséance en vogue dans la musique pop et fait danser le monde sur des chansons baveuses, malicieusement ponctuées de rimes assassines.

 

La jeune Britannique a fait sa chance elle-même, en mettant en ligne quelques-unes de ses chansons en ligne sur sa page MySpace. Son franc-parler, posé sur des airs pop habiles, mais d'apparence inoffensive, a vite attiré l'attention de l'industrie du disque, il y a trois ans. En moins de temps qu'il faut pour épeler Amy Winehouse, Lily Allen - une fille pas mal sorteuse qui aimait lever le coude - est également devenue l'une des proies préférées des tabloïds britanniques et de leurs indispensables mercenaires, les paparazzi.

Grande gueule notoire, la jeune chanteuse ne s'est pas gênée pour multiplier les déclarations fracassantes, au grand bonheur de cette presse à sensation qui n'en demandait pas tant. Encore le mois dernier, elle déclarait trouver la société - et les médias en particulier - hypocrite face à l'usage de la drogue et précisé connaître des consommateurs réguliers vivant une vie normale. Du bonbon pour les tabloïds. «Je n'étais pas surprise, parce que je sais comment la presse fonctionne», dit-elle, à l'autre bout du fil.

La jeune vedette, installée quelque part à l'aéroport de Toronto, parle d'un ton mécanique et le plus souvent à côté du combiné. Elle assure que ce n'est pas pour faire couler de l'encre qu'elle a placé cette chanson qui parle de dope, Everyone's At It (traduction libre: «tout le monde en prend»), au tout début de son album It's Not Me, It's You. «La seule raison pour laquelle, c'est la première chanson, c'est parce que ça sonnait bien, ça me semblait une bonne intro», précise-t-elle.

Lily Allen a de l'esprit. Ses textes, bien tournés et bien envoyés, le démontrent. Elle nie toutefois chercher à dénoncer quoi que ce soit dans ses chansons. Ni la rectitude politique qui anesthésie les discours publics, ni l'ennuyante politesse qui prévaut dans la musique pop ou le romantisme irréel qu'on trouve dans la première power ballade qui nous vient en tête.

«Ce n'est pas très important pour moi tout ça. Je fais mes trucs et je crois qu'il est assez clair que mes chansons me ressemblent. Elles n'iraient pas à quelqu'un comme Rihanna et c'est ce qui compte: mes chansons m'appartiennent, elles portent ma griffe», insiste-t-elle.

Pas de censure

Elle ne se formalise pas non plus que son étiquette de disque mette en marché des versions «clean» et «explicites» et de ses albums. «Je ne vais jamais me censurer en écrivant une chanson, précise toutefois la chanteuse. Je ne vais jamais me dire: Oh! Je dis fuck trois fois, je devrais faire attention. Si j'ai envie de dire fuck trois fois, je vais le dire.»

Lily Allen répète plusieurs fois qu'elle ne passe pas trop de temps à juger ou à évaluer ce qu'elle fait. Moins guilleret que son prédécesseur, It's Not Me, It's You la montre peut-être sous un jour «moins naïf» et «plus réaliste», consent-elle, tout en réfutant avoir voulu faire plus mûr ou miser sur son image de grande gueule seulement pour correspondre au personnage public que les médias ont fait d'elle. «L'idée, c'était de faire des chansons plus directes, plus dansantes, dit-elle. Pour les gens et pour ne pas que je m'ennuie quand je fais des concerts.»