Le vénérable magazine américain Newsweek,  qui fêtera l'an prochain ses 80 ans, publiera le 31 décembre sa dernière édition papier aux États-Unis avant de basculer entièrement en numérique, un bouleversement majeur qui illustre les difficultés de la presse.

Publié le 18 oct. 2012
Martin de Montvalon AGENCE FRANCE-PRESSE

«Dire adieu au papier est un moment très difficile pour nous tous qui adorons sa dimension romantique et ces moments uniques de camaraderie, chaque semaine, dans les heures agitées où nous bouclons le vendredi soir», écrivent Tina Brown, fondatrice et rédactrice en chef de la coentreprise Newsweek/Daily Beast, et Baba Shetty, son directeur général, dans un communiqué publié sur le site The Daily Beast.

Ce changement «s'accompagne d'une sombre réalité», écrivent Tina Brown et Baba Shetty dans un mémo adressé peu avant 7h aux employés du groupe, annonçant des réductions de postes aux États-Unis et à l'étranger.

«Notre secteur est de plus en plus touché par les difficultés de la publicité dans le secteur de l'édition (de journaux)», soulignent-ils par ailleurs dans un communiqué intitulé «Une page se tourne pour Newsweek».

«Selon nous, nous avons atteint le moment critique où nous pouvons toucher nos lecteurs dans un format entièrement numérique de la manière la plus efficace».

«Ce n'était pas le cas il y a deux ans. Ce sera de plus en plus vrai au cours des prochaines années», poursuivent-ils, rappelant que selon une récente étude de l'institut Pew, 39% des Américains déclarent s'informer en ligne et pointant le fait que The Daily Beast attire quelque 15 millions de visiteurs uniques chaque mois.

«Changement bouleversant»

De plus amples précisions sur l'avenir des salariés du magazine seront données prochainement lors d'entretiens individuels, ajoute le mémo.

«Nous avons conscience qu'un tel changement est bouleversant. Nous tenons à vous rassurer sur le fait que cette transition est bien préparée, qu'elle tient compte pleinement des conséquences inévitables pour nos employés, et qu'elle se fera dans le respect de nos lecteurs, de nos annonceurs et de nos partenaires en affaires», conclut ce texte.

Le magazine numérique, qui sera baptisé Newsweek Global, consistera en une édition unique au niveau international et visera un lectorat «très mobile de leaders d'opinion», précisent-ils encore. Il sera payant et disponible à la fois sur internet et dans un format adapté aux tablettes informatiques.

«Nous faisons évoluer Newsweek, nous ne lui disons pas « au revoir»», ajoutent encore Mme Brown et M. Shetty: «Nous restons attachés à Newsweek et au journalisme qu'il représente». «La décision que nous prenons n'est pas liée à la qualité de cette marque ou au travail de ses journalistes - qui restent aussi puissants que jamais. Il s'agit d'une décision liée à l'environnement économique difficile de l'édition et de la distribution», concluent-ils.

Le groupe IAC avait annoncé en juillet la prise de contrôle de la coentreprise Newsweek/Daily Beast, formée en 2010 en association avec le magnat de la hi-fi Sidney Harman, qui venait alors de racheter au groupe Washington Post l'hebdomadaire Newsweek, en perte de vitesse.

Son PDG Barry Diller avait déjà évoqué en juillet aussi le prochain passage au format numérique de Newsweek.

Lancé en 1913 par un ancien journaliste du Time, l'hebdomadaire était en perte de vitesse depuis plusieurs années, malgré son mariage avec le site d'informations The Daily Beast en 2010.