Avant de créer un titre de journaliste professionnel, Québec préfère continuer de consulter.  Se disant «très inquiète» pour l'avenir du journalisme, la ministre de la Culture, Christine St-Pierre, lancera cet automne une tournée de consultations publiques pour décider des suites qu'elle donnera au rapport Payette sur l'information au Québec.

Paul Journet LA PRESSE

Elle est déjà d'accord avec la «pierre d'assise» du rapport, déposé en janvier dernier: créer un statut professionnel pour les journalistes.

Le document de consultation de Mme St-Pierre se divise en deux axes: proposer un «nouveau modèle de régulation des médias» et améliorer la diversité de l'information en région. Des questions précises y sont soumises pour préciser le modèle à adopter.

La création d'un statut professionnel est un vieux débat dans la profession. La France et la Belgique en ont notamment un depuis plusieurs années. La Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) a longtemps craint une telle régulation.

Mais l'automne dernier, dans la foulée de la crise des médias, la FPJQ a réalisé une série de sondages internes. Plus de 85% de ses membres se sont prononcés en faveur.

Cela conforte la ministre St-Pierre, une ancienne journaliste de Radio-Canada. Elle estime qu'un tel titre fournirait une étiquette qui permettrait aux citoyens de «savoir à qui ils ont à faire». «Les gens ne se retrouvent plus nécessairement entre ce qui est du journalisme professionnel et ce qui n'en est pas», affirme-t-elle. Ce qui mettrait le journalisme «en danger».

Ce statut ne limiterait pas l'accès à la profession, croit-elle.  Il ne constitue pas un ordre professionnel, à l'image de celui des comptables ou des ingénieurs. Ceux qui veulent faire du journalisme citoyen pourraient donc continuer de le faire. Il s'agirait plutôt d'offrir certains privilèges et avantages aux journalistes qui détiendraient un statut de professionnel, comme un meilleur accès aux sources gouvernementales.

Certains ne sont pas rassurés. Beryl Wajsman, éditeur du Suburban, a qualifié les recommandations du rapport Payette de «dangereuse» atteinte à la liberté d'expression. Il les juge aussi rétrogrades, alors que plusieurs nouveaux types de médias émergent avec internet.

La ministre St-Pierre rétorque que le gouvernement ne déterminerait pas qui pourrait être journaliste. Un organisme apolitique le ferait. La FPJQ veut recevoir ce mandat. Mme St-Pierre dit que des «questions légales» doivent être réglées avant de se prononcer. Brian Myles, président de la FPJQ, n'en voit pas. «Ce n'est pas au citoyen ou au public de dire qui est journaliste, quelles sont les règles à suivre et quelles sont les sanctions qui devraient être imposées», soutient-il.

Dans le document de consultation, on propose aussi de «consolider» le rôle du Conseil de presse, un tribunal d'honneur. De l'aveu de son président John Gomery, le conseil a été affaibli par le départ de Quebecor l'année dernière.

La ministre St-Pierre affirme faire «une obsession» de la diversité des voix, particulièrement en information régionale.

Elle veut donc reprendre une recommandation du rapport Payette à cet égard: demander à Télé-Québec d'élaborer un «projet de réseautage d'information régionale» sur internet, à partir du contenu de différents médias communautaires, coopératifs et indépendants.

D'autres recommandations ne figurent pas dans son document de consultation, comme améliorer l'accès à l'information. La ministre indique que ce dossier ne relève pas de son ministère. Il sera examiné lors de la prochaine refonte quinquennale de la loi sur l'accès aux documents des organismes publics.

Le document de consultation ne parle pas non plus de la négociation de conventions collectives pour les journalistes indépendants. Ce dossier relève du ministère du Travail, justifie la ministre.

Les consultations se dérouleront du 6 octobre au 21 novembre. Elles s'arrêteront dans 10 villes. Les citoyens ont jusqu'au 23 septembre pour déposer un mémoire.