L'ADISQ en a contre les montages de chansons anglophones à la radio. Ces montages seraient utilisés de façon «abusive» par 11 stations de radio, dont NRJ et CKOI, afin de contourner les quotas de chansons francophones, selon l'ADISQ, qui demande au CRTC de ramener ces stations à l'ordre. L'organisme fédéral se penchera sur la question demain et vendredi.

Vincent Brousseau-Pouliot LA PRESSE

«Ces stations de radio font une utilisation abusive des montages. Elles collent souvent cinq succès anglophones étrangers en supprimant quelques secondes de chacune des chansons et elles considèrent ensuite ces 20 minutes de musique comme une seule chanson anglophone (aux fins du calcul des quotas)», dit Solange Drouin, directrice générale de l'ADISQ.

Toutes les stations francophones doivent diffuser au moins 65% de chansons francophones, dont un quota de 55% en heure de grande écoute (du lundi au vendredi de 8h à 18h). Selon les calculs de l'ADISQ, en comptant individuellement chaque chanson d'un montage, CKOI Montréal diffuserait seulement 48% de chansons francophones, dont 33% en heure de grande écoute, tandis que NRJ Montréal diffuserait 51% de chansons francophones, dont 38% en heure de grande écoute. Des 11 stations visées par la plainte de l'ADISQ, c'est CKOI Québec qui récolte la pire note: 35% de chansons francophones, dont 24% en heure de grande écoute. «Nous ne nous énervons pas pour rien», dit Solange Drouin, de l'ADISQ.

Astral Média, propriétaire du réseau NRJ, se défend de contrevenir à la réglementation en vigueur. «Les règles sont très claires et nous les respectons», dit Hugues Mousseau, porte-parole d'Astral. Le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) n'est toutefois pas de cet avis, ayant indiqué dans une lettre que les montages d'Astral n'étaient pas conformes à la réglementation, sans donner davantage d'explications.

Astral fait aussi valoir au CRTC qu'il serait peut-être temps de revoir certaines règles sur la diffusion de musique francophone, dont le quota lui-même. Selon un sondage commandé par Astral, les Québécois n'écoutent que 35% de musique francophone.

Onze stations

La plainte de l'ADISQ vise cinq stations d'Astral Média (NRJ à Montréal, Québec, Gatineau, Trois-Rivières et Drummondville), quatre de Cogeco (deux stations CKOI, le FM 93,3 à Québec et Souvenirs garantis à Québec) et RNC Média (RadioX2 à Québec et Capital Rock à Gatineau).

Le CRTC profite du renouvellement de licence de certaines stations d'Astral et RNC Média pour aborder la question des montages avec l'ensemble de l'industrie. Cogeco et RNC Média ont préféré ne pas commenter le dossier avant l'audience de demain et vendredi à Gatineau.

L'ADISQ ne demande pas d'interdire les montages anglophones, mais plutôt que leur durée soit limitée à quatre minutes, la durée normale d'une chanson. «Le montage est un vieil outil de programmation pour faire connaître de nouveaux artistes, mais les radios ne s'en servent pas de cette façon à l'heure actuelle», dit Solange Drouin, de l'ADISQ, qui compte sur l'appui de l'Union des artistes dans ce dossier. «Les chiffres de l'ADISQ sont assez éloquents et les interprètes francophones sont directement touchés par ce phénomène», dit l'acteur Raymond Legault, président de l'Union des artistes.

En 2006, l'ADISQ a demandé sans succès au CRTC d'instaurer de nouvelles règles pour les montages à la radio commerciale. S'il n'a pas changé les règles à l'époque, l'organisme fédéral a néanmoins rappelé aux radios que «les montages ne devraient pas servir à contourner les exigences de réglementation» et qu'il «réglera chaque problème individuellement».