La critique est unanime: dans un monde déjà starifié du jazz des années 60, il fallait aimer le risque pour se lancer dans l'interprétation de pièces aussi fortement associées à des monuments comme Duke Ellington.

Publié le 24 févr. 2013
Daniel Lemay LA PRESSE

Oh! Oscar Peterson n'avait jamais fui le danger... Au cours de la décennie précédente, le pianiste montréalais s'était bâti une réputation enviable en mettant son formidable talent au service de l'oeuvre de grands compositeurs du jazz - Oscar Peterson Plays Duke Ellington, Cole Porter, Count Basie, etc. -, en s'appropriant les trames de musicals aussi populaires que My Fair Lady et Porgy&Bess et en accompagnant, seul ou avec son trio, des sommités telles Ella Fitzgerald et Louis Armstrong.

En 1962, toujours à l'instigation de son ami et manager Norman Granz - qui l'avait propulsé à l'avant-scène de Jazz at the Philharmonic en 1949 -, Oscar Peterson enregistre le microsillon Night Train qui deviendra son plus grand succès commercial. Son trio du temps - le meilleur selon maints spécialistes - était composé de Ray Brown à la contrebasse et d'Ed Thigpen à la batterie.

Pour marquer les 50 ans de Night Train, sorti au début de 1963 sur l'étiquette Verve, Montréal en lumière présentera mercredi un concert commémoratif mettant en vedette, au piano, le Torontois d'origine hongroise Robi Botos, devenu proche d'Oscar Peterson après avoir joué avec lui à Montreux en 2005. Le concert, gratuit (rsvp: reservationem@radio-canada.ca), aura lieu au Victoria Hall de Westmount, là même où le jeune prodige de Saint-Henri a fait ses débuts professionnels en 1942, dans l'orchestre de Johnny Holmes; Oscar Peterson (1925-2007) avait alors 17 ans et il était le seul Noir du band.

Robi Botos, lauréat du Prix TD du Festival de jazz de Montréal 2012, sera accompagné dans ce Night Train Tour par deux anciens sidemen d'Oscar: Dave Young à la contrebasse et Alvin Queen à la batterie. «Night Train est l'un des meilleurs albums d'Oscar», nous dira pour sa part Michel Donato qui a lui-même joué en tournée avec le pianiste en 1971-1972.

Le contrebassiste se rappelle avoir appris - «par coeur et dans plusieurs tonalités» - plusieurs pièces de ce disque, en commençant par les quatre de Duke Ellington: Night Train (Happy Go Lucky Local) avec le solo de Brown, C-Jam Blues, I Got it Bad and That Ain't Good, Things Ain't What They Used To Be de Mercer Ellington (le fils de) et Band Call que le «Duke» jouait pour ramener les musiciens sur la scène, comme il le faisait souvent à Montréal au début des années 60.

«Et la toune du vibraphoniste», se rappelle encore Donato: oui, Bag's Groove de Milt Jackson que, lit-on dans les notes du disque, Oscar jouait en sol plutôt qu'en fa. Ah bon!... «Oscar aimait changer de clé. Parfois sans nous avertir... Il disait le titre d'une pièce que l'on savait, disons, en si bémol puis il comptait Un-deux-trois-fa («One-Two-Three-F») et il commençait la toune en fa! Il y avait 5000 Japonais dans la salle: fallait s'ajuster vite...» Michel Donato a enregistré un seul disque avec son glorieux concitoyen (de Toronto à l'époque): Oscar Peterson Trio in Tokyo (Denon Records, 1972).

Comment c'était, travailler avec lui? «Oscar, c'était un grand nerveux. Il arrivait toujours sur scène en sueur, avec ses mouchoirs pour s'éponger. Mais c'était lui le boss! Et il était tough. Il fallait que l'on joue à son goût à lui et il laissait peu d'initiative à ses sidemen. On avait du fun pareil...»

Comme en ont eu pendant longtemps des milliers de fans de musique, de Montréal à Tokyo.

The Night Train Tour, mercredi 27 février, Victoria Hall, 4626 Sherbrooke Ouest, gratuit avec réservation.