L'un des fleurons de l'invasion britannique de 1964 est de retour à Montréal: les Zombies. Pour reprendre le temps d'un concert des chansons qui sont passées à la postérité et faire la preuve que leurs compositions plus récentes sont solides.

Alain de Repentigny LA PRESSE

Si l'internet avait existé à l'époque, les Zombies ne se seraient sans doute pas séparés en 1967. S'ils avaient su alors que leurs chansons étaient appréciées un peu partout dans le monde alors qu'elles ne tournaient plus à la radio dans leur Angleterre natale, peut-être qu'ils auraient persévéré. Mais sans chanson qui tourne à la radio dans leur propre pays, les propositions de spectacles se faisaient rares et ces jeunes hommes de la banlieue de Londres ont dû trouver d'autres boulots.

Pourtant, She's Not There avait été un succès planétaire en 1964, l'un des premiers de l'invasion britannique. Mais ce n'est qu'un an et demi après leur séparation que leur plus grand succès en carrière, Time Of The Season, s'est mis à tourner à la radio grâce à l'initiative d'un DJ de Boise, Idaho. Et il a fallu attendre encore plusieurs années avant que leur dernier opus, Odessey&Oracle, paru en 1968, soit reconnu comme l'un des meilleurs albums de l'histoire du rock par Rolling Stone, Mojo, Q, le New Musical Express et le journal The Guardian.

Quand le chanteur Colin Blunstone et le claviériste Rod Argent ont recommencé à faire de la musique ensemble au tournant des années 2000, ils ne jouaient pas de chansons des Zombies en concert. Pas la peine, ça n'intéresse personne, se disaient-ils. Petit à petit, ils en ont ajouté une, puis une deuxième.

«La surprise, énorme, fut pour moi l'immense intérêt qu'on portait encore aux Zombies», raconte Blunstone au bout du fil, entre deux concerts de sa tournée solo au Royaume-Uni.

Toujours complices

Il a suffi d'un spectacle bénéfice auquel participait Rod Argent pour que le déclic se fasse. Blunstone, qui était dans la salle, est monté sur scène pour chanter She's Not There et a réveillé ainsi une complicité qui ne s'était qu'assoupie même si les deux hommes avaient gardé le contact au fil des ans. «Quand j'y repense, Rod a participé à peu près tout ce que j'ai fait de mon côté», dit aujourd'hui Blunstone.

Les deux hommes ont donc décidé de remettre ça le temps d'une demi-douzaine de concerts, pas un de plus, mais le plaisir était tel que la deuxième vie des Zombies se poursuit 13 ans plus tard avec le même noyau de musiciens qu'on verra au Métropolis jeudi: le bassiste Jim Rodford, un cousin d'Argent qui a joué longtemps avec les Kinks, son fils Steve à la batterie et, à la guitare, Tom Toomey, recruté en 2010 mais qui travaille avec Blunstone depuis 20 ans.

Les trois autres musiciens qui ont fondé les Zombies en 1962 ne sont plus de l'aventure. Le bassiste et compositeur Chris White et le batteur Hugh Grundy sont montés sur scène avec les Zombies modernes en 2008 pour jouer pour la première fois dans son intégralité Odessey&Oracle. Et le guitariste Paul Atkinson est mort en 2004.

Dans le jukebox d'Elvis

Argent et Blunstone se souviennent très bien du dernier concert des Zombies à Montréal, en 1965. Les tournées Caravan of Stars de Dick Clark s'étaient fusionnées pour un ultime spectacle au Forum qui réunissait notamment Herman's Hermits, Del Shannon et Little Anthony and the Imperials.

Argent n'a pas oublié non plus leur visite à Graceland cette année-là. L'oncle d'Elvis leur avait alors confié que le King avait des chansons des Zombies dans son jukebox. «J'ai cru que son oncle avait voulu être gentil avec nous, mais dans les années 90, un DJ irlandais maniaque d'Elvis m'a confirmé qu'il avait trois de nos chansons dans son jukebox. J'étais sonné!», raconte Argent au téléphone.

Aujourd'hui, des artistes de toutes les générations, de Tom Petty, Dave Grohl et Paul Weller aux Vaccines et aux Fleet Foxes, sont des fans avoués du groupe britannique.

Bien vivants

Quand, en 1969, Time Of The Season a connu un succès inattendu, Blunstone et Argent étaient passés à autre chose. Le chanteur entreprenait une carrière solo qui a connu du succès en Europe, tandis qu'Argent fondait le groupe du même nom avec l'ex-Zombie Chris White et le chanteur Russ Ballard. On se souvient de leur chanson Hold Your Head Up que les Zombies d'aujourd'hui ont ajoutée à leur répertoire.

Si les Zombies ont dû patienter avant que leur musique soit appréciée à sa juste valeur, c'est peut-être qu'ils avaient une longueur d'avance sur la plupart de leurs contemporains. Leurs chansons pop n'étaient pas banales, avec les solos d'Argent qui trahissaient sa passion pour le jazz.

«J'improvise tellement d'un soir à l'autre dans des chansons comme Time Of The Season et She's Not There, constate Argent. Et comme Colin et moi n'avons pas joué ensemble pendant plusieurs années, ce n'est pas comme si nous avions repris ces chansons sans arrêt pendant 50 ans. C'est très amusant de jouer ces vieilles chansons aux côtés de celles de notre album de 2011, Breathe Out, Breathe In. Ça prouve que nous sommes encore un band vivant et créatif.»

The Zombies, au Métropolis le 28 février.