Club Soda, mardi soir, 21h: Antoine Gratton débute son spectacle en se promenant carrément en plein milieu de la salle, sa guitare au cou, et entonne les premières notes de Tes chaleurs. Il est bientôt rejoint par ses deux bassistes et ses deux batteurs. Toujours en plein milieu du plancher du Club Soda, les cinq jouent avant de se diriger vers la scène, y monter, laisser Antoine deux secondes pour déposer sa guitare en coulisse et lui permettre de sauter, littéralement, sur son clavier, dans une orgie de décibels et d'éclairages. Hiiiii boy, et ça ne fait même pas cinq minutes que le show a commencé!

Mis à jour le 22 févr. 2012
Marie-Christine Blais LA PRESSE

Eh bien, ça s'est poursuivi à peu près comme ça toute la soirée. Avec notamment Gratton qui a retraversé la salle pendant la chanson Ah! Que pour aller chercher des shooters au bar pour tous les musiciens.

Ou le même Gratton qui a fait s'accroupir absolument tout le parterre du Club Soda en improvisant une chanson d'anniversaire (ses quatre musiciens sont nés en février...) qui a duré suffisamment longtemps pour que tout le monde ait mal aux cuisses et rigole et se mette finalement à danser comme des fous au signal donné par l'inénarrable Antoine, moulé dans son «golden suit». Tiens, je pense que je n'ai pas encore parlé du moment où Gratton a pris son banjo pour aller jouer au parterre, seul et «juqué» sur deux chaises, et qu'il a entonné sa si jolie chanson Dans les yeux de Françoise, dont le refrain a été entonné en choeur par les filles dans la salle.

Bref, un spectacle à la hauteur du claviériste le plus flamboyant d'ici. Et comme si cela ne suffisait pas, les nouvelles chansons (7 des 16 morceaux interprétés étaient tirés de La défense du titre, sorti cet automne) se défendent justement très bien. Les chansons en gang rentraient «dans le dash» d'aplomb (c'est fou comme ça peut être mélodique, finalement, deux basses et deux batteries, quand elles appuient le clavier fou de notre Jerry Lee Lewis local), alors que les chansons en mode solo gagnaient en émotion pure, par contraste.

On a même vu quelque chose de rare chez Gratton: un gars franchement ému, «vulnérabilisé» quand des gens se sont mis à faire les harmonies vocales pendant sa chanson New York City.

Bref, un spectacle surprenant et réussi, qui pose une fois de plus la sempiternelle question: pourquoi diable Antoine Gratton n'attire-t-il pas plus de monde à ses spectacles? Mystère et Bazooka... Si ce spectacle passe par chez vous, faites-vous plaisir, allez-y. Justement, il se produit à L'Esco, rue Saint-Denis, ce soir.

Chloé Lacasse

En première partie, Chloé Lacasse a été franchement étonnante de naturel et d'énergie derrière son clavier. Et force est de constater qu'elle écrit des mélodies solides et bien construites: je l'avoue, je n'ai pas eu l'occasion d'écouter souvent son premier album, Tout va bien (réalisé par Gratton), et j'ai pourtant reconnu quasi instantanément ses morceaux (Sans réponse, Ailleurs, Tout va bien, Je voudrais l'être et Les yeux d'un fou) tant ils ont une facture bien à eux. C'est surtout une vraie de vraie musicienne qui a préféré prolonger un petit nombre de ses chansons par de longues plages instrumentales inspirées (accompagnée par ses trois musiciens ou seule au clavier) plutôt que d'enfiler les titres. Bref, si dans sa très belle ballade Je voudrais l'être, la gagnante des Francouvertes 2011 espère être légère ou libre, qu'elle se rassure: chanteuse et à sa place sur scène, ça, elle l'est, indéniablement.