Est-ce que le cirque peut encore surprendre avec des disciplines aussi utilisées que les acrobaties au sol ou le trapèze? Après avoir vu Knee Deep, de la jeune compagnie australienne Casus Circus, la réponse est oui.

Publié le 16 juill. 2016
Josée Lapointe LA PRESSE

Ce spectacle, qui a déjà été présenté 200 fois depuis 2012 et qui arrive ici dans le cadre de Montréal complètement cirque, étonne, divertit, fait sourire... et émeut même avec son alliage de simplicité, de force et d'agilité extrêmes.

Ils sont trois hommes et une femme dans ce spectacle qui se passe au sol, avec des numéros de main à main et d'acrobatie, et aussi dans les airs - au cerceau, à la sangle, au tissu et au trapèze. Mais pour ces interprètes, dont deux sont issus de la compagnie australienne Circa, il s'agit toujours de trouver le mouvement, la forme, l'image, l'équilibre qu'on n'attend pas.

La troupe de Brisbane réussit ainsi à créer une tension constante, en se rendant toujours à la limite de ce que les corps peuvent faire.

Les stéréotypes sexuels sont brisés, les rôles des porteurs et des voltigeurs sont parfois inversés et les corps, malmenés - une des marques de commerce de Circa, d'ailleurs.

Ainsi, la seule femme du groupe, à quatre pattes, réussit à soutenir sur son dos deux hommes debout l'un par-dessus l'autre; les bras entrecroisés servent de fil de fer; le grand mince se suspend au tout petit voltigeur. Ou encore, les quatre se marchent et se grimpent dessus, s'accrochent les uns aux autres d'une manière incongrue, se font lancer dans les airs et tournoyer sans ménagement.

Marcher sur des oeufs

La force, l'équilibre et la légèreté sont au coeur de ce spectacle où l'on marche, littéralement, sur des oeufs - sans trop en casser. Les numéros s'enchaînent avec grâce, du sol aux airs, portés par un choix musical éclectique qui souligne l'émotion. Pas d'histoire ici, seulement une ligne directrice ludique et à fleur de peau, qui finit par nous attraper au détour par son dépouillement.

Quand, dans le dernier tiers, Natano Fa'anana - originaire des Samoa - arrive en caleçon, impressionnant avec ses cuisses toutes tatouées, pour faire voleter ses mains et battre le rythme sur son corps, une sorte de possession s'empare de la salle. Les trois autres viendront le rejoindre, en maillot aussi, pour des acrobaties époustouflantes.

Le tout mène à un numéro de trapèze d'une beauté qui arrache les larmes - oui oui, c'est possible.

Cette manière qu'ont les acrobates de bouger, d'utiliser le corps de l'autre pour grimper, se suspendre, se tenir par les mains, les pieds, le cou, la taille, à deux, trois ou quatre, avec sensualité et énergie, confiance et force, est bouleversante.

Knee Deep n'est pas un spectacle parfait non plus. La caméra GoPro, qui sert à projeter quelques mouvements, est si peu utilisée que sa présence n'apporte rien. Et on cherche encore l'intérêt de l'intermède de pliage de papier et de dessin.

Le plus gros bémol reste le choix de la salle, ou en tout cas son aménagement. À moins d'être dans les deux ou trois premières rangées, il était difficile de voir certaines acrobaties au sol.

Une scène plus haute ou plus profonde ou un plateau central auraient été plus appropriés. On n'aurait que davantage savouré ce spectacle qui fait la preuve que l'innovation et la simplicité peuvent aller de pair dans l'univers circassien.

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À l'Espace Go jusqu'au 17 juillet.