Présenté à guichets fermés au Théâtre Maisonneuve, hier soir, HahaHaïti n'était pas un spectacle comme les autres. Il s'agissait plus d'une manifestation à la fois artistique et humaniste, célébrant les liens tissés entre le Québec et Haïti tout en pavant la voie à l'ouverture d'une école de l'humour en Haïti, un projet de l'École nationale de l'humour.

Éric Clément LA PRESSE

Il s'agissait aussi d'une première historique, comme l'a souligné le consul d'Haïti à Montréal, Justin Viard, puisque c'était la première fois qu'humoristes québécois et haïtiens foulaient la scène d'un même spectacle à Montréal.

Le maître de cérémonie de la soirée, Rachid Badouri, a mis le feu au public (très multiethnique) dès le départ, blaguant sur les Haïtiens, racontant des détails croustillants de son récent séjour à Port-au-Prince et gratifiant la salle de ses observations sur les diverses composantes de la société québécoise.

Dorothy Rhau, l'humoriste la plus haïtienne du Québec, est ensuite arrivée pour parler de sa jeunesse rythmée à coups de ceinture et de ses fesses alors «flattées à coups de Larousse»...

Puis, Adib Alkhalidey a élaboré autour de sa coupe afro et de sa cicatrice. Avec le même bagout que d'habitude.

Le premier des quatre humoristes haïtiens invités, Jorj, est venu raconter des histoires insolites, commençant par ce policier qui avait demandé à un homme nu s'il avait une arme à feu sur lui! «Seulement un pistolet à eau», a répondu l'homme. Un excellent conteur, ce Jorj, très applaudi.

Invité-surprise, Anthony Kavanagh a improvisé, déblatéré sur tout ce qui bouge et déclaré son amour à ses deux racines... avant d'obtenir une ovation.

Puis, Christina Guérin a expliqué qu'en Haïti, bien des gens devaient porter des prénoms curieux dus à l'originalité de leurs parents. Et de citer Adidas, Plymouth, Oxygène, Nefertiti, Merci Dieu, Ma dernière, Sésame ou Barack Obama!

Âgé de 23 ans, Jean Samuel André, le plus jeune des quatre humoristes haïtiens, lui a succédé avec une performance peut-être moins flamboyante que celles de ses deux collègues précédents, mais plus critique, abordant l'esclavagisme et les ratés de l'aide humanitaire en Haïti. Il a notamment dit que le Québec ressemblait géographiquement à un chien: «C'est normal, vous êtes fidèle, attachant et vous mangez dans la main du Canada!»

Au moment d'aller sous presse, Gabriel d'Almeida Freitas, vainqueur du festival d'humour franco-québécois de Lourdes, entrait sur scène. Mike Ward, Eddy King et Cynthia Jean-Louis n'étaient pas encore passés... Une bien belle soirée en l'honneur d'Ayiti et du pouvoir de l'humour...