C'est le plus vieil animateur d'un gala Juste pour rire cet été, mais c'est aussi, de son propre aveu, le plus vert d'entre eux. À 48 ans, le comédien Emmanuel Bilodeau poursuit son incursion dans le monde de l'humour en animant son premier gala, sur le thème du chialage.

Jean Siag LA PRESSE

On le sent nerveux, mais emballé. Emmanuel Bilodeau reconnaît lui-même ne pas encore faire partie de la «gang» des humoristes, mais il affirme que cette incursion dans le monde de l'humour le rend particulièrement heureux, et c'est avec humilité qu'il se prépare à relever le défi. «Je me lance en ne sachant pas vraiment si je serai un jour humoriste», dit-il.

«C'est une grande aventure pour moi de présenter un gala, poursuit le comédien, qui livre des numéros à Juste pour rire depuis deux ans. Depuis que je fraie avec ce milieu, je constate à quel point les humoristes ont du talent et du «guts». À quel point ils sont à l'aise sur scène. Je me rends compte à quel point c'est un métier exigeant.»

Un métier exigeant, mais aussi hyper stressant, selon lui. «La vie d'humoriste n'est pas un drôle de métier. Il y a beaucoup d'argent en jeu; c'est une entreprise commerciale, contrairement au théâtre. Il y a des gérants, des producteurs et des carrières qui peuvent s'effondrer sur une mauvaise performance.»

Le touche-à-tout apprécie tout de même la grande liberté dont il jouit en ce moment. «C'est un réel plaisir d'être maître de son texte. Je n'ai jamais fait ça, jouer sans quatrième mur, utiliser les mots que je veux et être en communication directe avec le public. Je veux continuer à faire du théâtre et du cinéma, mais je m'investis en ce moment dans l'humour.»

Un gala sur le chialage

Dans ce premier gala, Emmanuel Bilodeau abordera le thème du chialage avec un angle politique et familial. «Pour le numéro d'ouverture, je vais faire un portrait du Québécois chialeux à travers les âges. Je vais aussi aborder ce qui me fait chialer et ma proposition pour que ça aille mieux et qu'on arrête de chialer.»

Le numéro médian ressuscitera son personnage de Tonino Tomato, «expert en crossage», qu'il avait créé l'an dernier. Cette fois, Bilodeau a pensé mettre sur pied une commission Tomato, avec des invités-surprises. «Mon personnage, un ex-ministre lobbyiste de la drogue et du fourrage, veut prouver aux Québécois qu'on devrait confier à la mafia les affaires de l'État.»

Pour terminer, Emmanuel Bilodeau incarnera un personnage de vieux. «C'est un grand-père de mes origines, du Bas-du-Fleuve. On dit souvent que les vieux chialent beaucoup. Moi, je voulais permettre à un vieux monsieur de chialer. Je les trouve inspirants, les vieux; je trouve qu'on les «tablette» vite.»

Ses invités seront Jérémy Demay, Billy Tellier, Peter MacLeod, Laurent Paquin, Louis T, Martin Petit, Yannick de Martino, Guillaume Wagner, ainsi que Viriginie Fortin, fille de Bernard Fortin, avec qui Bilodeau a joué dans Des roches dans ses poches. «Dans ce show, j'ai interprété un personnage de vieux pour qui j'avais beaucoup d'affection.»

Un spectacle solo en 2014

Les personnages de Tonino Tomato et du vieux feront partie du premier spectacle solo du comédien. Le spectacle baptisé Confiant et invulnérable est annoncé pour mars 2014. «La date n'est pas arrêtée, mais ce sera en 2014», affirme Emmanuel Bilodeau, qui veut se donner la possibilité de repousser la première de ce spectacle s'il ne se sent pas prêt.

Depuis la première lecture publique du spectacle en février dernier, Emmanuel Bilodeau a commencé à présenter son «matériel» à L'Assomption, Terrebonne et Sainte-Thérèse. «Les gens sont fins parce qu'ils savent que c'est un show en construction, mais je suis conscient qu'ils viennent aussi me voir parce qu'ils me connaissent et qu'ils veulent m'entendre. Tout est encore à faire.»

Dès le lendemain de son gala, il fera une petite tournée d'une quarantaine de villes pour roder ce spectacle solo et pour en peaufiner l'écriture. «C'est un nouveau métier. Je ne suis ni auteur ni humoriste. Je suis un ancien avocat, donc je suis obsédé par la virgule. Je réécris tout le temps mon texte.»

Du reste, c'était le temps pour lui de faire trempette, malgré ses doutes sur son statut d'humoriste. «Je ne suis pas vieux, mais je vais avoir 49 ans, donc ça ne peut qu'être une petite incursion. Cela dit, je trouve ça extraordinaire de vivre ça. Je n'ai pas de plan de carrière, je ne veux pas me mettre de pression. Si la réaction est bonne, je vais continuer, sinon je vais arrêter...»

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Le gala d'Emmanuel Bilodeau, Le chialage, aujourd'hui, 18h30 et 21h30, salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts.