La venue de Bénabar aux FrancoFolies avait tous les ingrédients du happening: une vedette populaire qui met les pieds pour la première fois à Montréal, des chansons bien écrites et festives, un spectacle rodé au quart de tour. On attendait un événement vendredi soir au Métropolis, on l'a eu.

Josée Lapointe LA PRESSE

L'ingrédient principal de ce cocktail est Bénabar lui-même, son énergie et sa force vitale. On le sentait d'un type nerveux, proche de l'hyperactivité, lorsque nous l'avons rencontré en entrevue. Sur scène, le chanteur de presque 43 ans n'arrête pas un instant: il saute, il tourne, il court, il gesticule tellement qu'après quelques pièces seulement, il est en sueur.

Il mène ainsi son spectacle de presque deux heures à un tempo d'enfer et ne prend que deux véritables pauses, pendant la touchante Je suis de celles, qu'il chante seul au micro, et lors de sa fausse berceuse «Si tu dors pas j'te place!», une des pièces les plus drôles d'un répertoire qui en comporte plusieurs.

Bénabar ne cache pas son amour pour la variété et assume son côté entertainer: on est là pour danser, chanter et prendre du bon temps. Il est pour cela appuyé par une section de cuivres, deux choristes, des guitaristes et des claviéristes: 10 personnes sur scène portant veston à carreau et robe à pois, dont l'enthousiasme est communicatif, et qui font de ce moment une véritable fête.

Même s'il vient de sortir un nouveau disque, Les bénéfices du doute, Bénabar a interprété peu de nouvelles chansons. Il a plutôt puisé dans ses cinq premiers disques et enfilé les succès - Y'a une fille qu'habite chez moi, L'effet papillon, Les épices du souk du Caire, Le dîner-, jouées sur un rythme accéléré, avec toujours le fond de fanfare qui fait sa marque de commerce. Même si sur disque le chanteur est passé à autre chose, la formule reste fort efficace en spectacle.

Une première rencontre réussie donc entre Bénabar et le public montréalais. Bien sûr, le chanteur prêchait vendredi à des convertis: au parterre, on retrouvait une forte communauté de Français.

Mais il y avait aussi de nombreux fans québécois qui, s'ils apprécient quand même les références franco-françaises - Maritie et Gilbert Carpentier, émission de variété des années 70, ça ne nous dit pas grand-chose-, apprécient encore plus les clins d'oeil locaux. La version acoustique low fi de À notre santé, avec placements de produits de Saint-Hubert, IGA et du Vieux-Duluth, était absolument délicieuse.

On sait que Bénabar a envie d'explorer le territoire québécois l'an prochain. Sans trahir ce qu'il est, il devra peut-être trouver un meilleur équilibre entre ses références et les nôtres. On lui souhaite bonne chance, pour lui, et surtout pour tous ceux qui ne le connaissent pas encore : ils ne savent pas le plaisir qui les attend.