«L'idée, c'est de présenter en temps réel une musique excitante et spontanée, avec tous les sons qu'offre aujourd'hui le monde électronique», résume le trompettiste Dave Douglas.

Alain Brunet LA PRESSE

Ce soir au Gesù, ce musicien respecté, de surcroît un habitué des scènes québécoises, s'amène avec son groupe Keystone, l'un des multiples projets qu'il mène à titre de leader inspiré - en plus de faire partie de la grande tribu Masada de John Zorn et de diriger son propre label, Greenleaf Music.

 

«Même au cours des cinq dernières années, c'est-à-dire depuis le début de Keystone, les outils électroniques ont changé considérablement. Et très rapidement! Chaque fois que j'amorce la création d'un nouvel album de Keystone (dont le tout frais Spark of Being), je découvre une nouvelle vague de technologies numériques. Et puisqu'un nombre croissant de musiciens utilisent ces technologies, les manières de les intégrer ne cessent d'évoluer. Et, conséquemment, de m'influencer.»

Rappelons que les jazzmen avaient manifesté un regain d'intérêt pour l'électronique à la fin des années 90 (nujazz, électro-jazz), mais... ces formes se sont déjà stabilisées. Pis encore, tant de musiciens restent encore scotchés aux propositions du jazz fusion des années 70. Ce n'est pas le cas de Dave Douglas.

«Je suis né en 1963, j'avais 4 ans lorsque Miles Davis a commencé à utiliser des instruments électroniques. Je proviens d'une communauté musicale fort différente. Pour moi, cela représente néanmoins une grande période d'inspiration, mais je souhaite aussi que nous soyons nous-mêmes en 2010. C'est-à-dire que nous présentions un mélange de jazz et de musique électronique qui puisse témoigner de la période actuelle. Alors? Nous n'avons vraiment pas l'intention de refaire Bitches Brew! Bien que des éléments de cette époque puissent rejaillir dans notre travail.»

Lorsque Dave Douglas a débarqué à New York en 1984, il utilisait un micro-contact pour sa trompette, il en filtrait le son avec des pédales d'effets, incluait dans ses compositions des extraits d'enregistrements de radio, et plus encore. «J'ai finalement estimé qu'il me valait mieux améliorer mon jeu de trompette... et travailler avec de vrais musiciens électroniques comme Ikue Mori, DJ Olive, Jamie Saft, Adam Benjamin. Ce qui m'a d'ailleurs ouvert à un monde fascinant.»

Cohabitation

Très au fait de l'histoire des croisements entre musiques électroniques et musiques improvisées qui précèdent les siens, Dave Douglas préconise la cohabitation des deux lutheries afin de maintenir la performance instrumentale, une caractéristique importante du jazz.

«Je m'applique à conserver dans ma musique des mélodies, harmonies et grooves, des instruments joués par des humains. Je tiens à ce cadre organique, ce qui n'exclut en rien l'expérience électronique.»

Ce soir, 22h30, au Gesù, Keystone réunit Dave Douglas, trompette, Adam Benjamin, claviers, Marcus Strickland, saxophone, Brad Jones, basse et Gene Lake, batterie.